Échanger des services sexuels contre de l’argent, de la drogue…- Capsule 6 ViRAJ 2016

27 Juin 2016

Ce phénomène n’existe pas seulement chez des jeunes jugés comme étant à risque (comme les jeunes sans-abri, en fugue, ou desservis par les Centres jeunesse). Le fait que certain.e.s adolescent.e.s se soient adonné.e.s à l’offre de tels services en échange de rétribution, par exemple d’alcool ou de drogues, alors que ces jeunes habitaient dans leur famille (Edwards, Iritani, & Hallfors, 2006; Homma, Nicholson, & Saewyc, 2012) incite à étudier une population élargie d’adolescent.e.s. De plus, la présence dans des écoles secondaires d’élèves souteneurs (pimps) des deux sexes recrutant des filles indique que l’ensemble des élèves peut être confronté à la possibilité d’offrir des services sexuels contre rétribution (Anderson, Coyle, Johnson, & Denner, 2014).

Combien sont impliqués?

Les pays nordiques, la Norvège, la Suède et le Danemark ont été parmi les premiers à rendre compte de la situation de populations représentatives d’adolescent.e.s. Selon eux, environ 1,5 % des adolescent.e.s de leurs pays ont été impliqué.e.s dans l’offre de services sexuels contre rétribution au cours de leur vie; autant de filles que de garçons y participent, dans certains cas, les garçons étant plus nombreux à avoir échangé des services sexuels contre rétributions diverses  (Fredlund, Svensson, Svedin, Priebe, & Wadsby, 2013; Kastbom, Sydsjö, Bladh, Priebe, & Svedin, 2015; Pederson & Hegna, 2003; Svedin & Priebe, 2007; Svensson, Fredlund, Svedin, Priebe, & Wadsby, 2013). Une étude comparative de cinq pays rapporte des données un peu plus élevées chez les 18-19 ans fréquentant l’école pouvant aller jusqu’à 19% (1,4% pour l’Estonie; 2% pour la Norvège; 2,8% pour la Suède; 4,6% pour la Lituanie; et 19,4% pour la Pologne) (Mossige, Ainsaar, & Svedin, 2007). Plus près de nous, les États-Unis ont étudié le phénomène de vente de services sexuels pour de la drogue ou de l’argent chez un échantillon représentatif d’élèves du secondaire âgés de 12 à 18 ans. Leur taux de prévalence à vie de 3,5% est jugé conservateur (Edwards et al., 2006). Au Canada, deux études sur le sujet sont répertoriées. Dans un milieu urbain du Québec, Lavoie, Thibodeau, Gagné, et Hébert (2010) ont indiqué des taux de prévalence à vie de 4% chez des élèves du secondaire de 15 à 18 ans. Dans un milieu rural de Colombie-Britannique, Homma et al., (2012) ont rapporté un taux de 2,7% chez des élèves du secondaire de 12 à 18 ans ayant la particularité d’avoir consommé alcool ou drogue dans le passé. Ainsi, il semble qu’en Amérique du Nord le taux d’implication à vie documenté varie de 2 à 4%.

Et au Québec?

L’enquête Parcours amoureux des jeunes s’avère la première à documenter le problème auprès d’un échantillon représentatif de jeunes québécois.e.s de 14 à 18 ans fréquentant l’école secondaire au Québec. On y apprend que 2,1% des adolescent.e.s ont offert des services sexuels contre rétribution au cours de leur vie, ce qui est similaire à la proportion documentée de jeunes impliqués dans ce type d’activité en Amérique du Nord. Cette rétribution pouvait être sous forme d’argent, de drogues, de cadeaux, d’un toit, etc. La participation des garçons s’avère similaire à celle des filles au Québec ce qui est contraire à plusieurs statistiques des autres pays européens et des États-Unis relatant que davantage de garçons sont impliqués.

Le portrait général du client-e acheteur-euse de services sexuels de ces adolescent.e.s est une personne du sexe opposé au vendeur et d’âge mineur. Il n’en demeure pas moins que des adultes sont parmi les acheteur.e.s pour quatre de ces adolescent.e.s sur 10, certains jeunes ayant d’ailleurs offert ces services sexuels uniquement à un.e ou des adultes. Des échanges entre jeunes de même sexe sont rapportés par les filles et les garçons impliqués, mais ils sont trois fois plus fréquents chez les garçons. Notre étude souligne qu’il y a une diversité de situations d’échanges sexuels et que les échanges ne sont pas, pour les garçons, seulement entre homosexuels. D’autres questions seront abordées dans des articles scientifiques futurs, en particulier en lien avec leur état de bien-être.

Que faire?

Le personnel scolaire doit d’abord prendre conscience que les jeunes qu’il côtoie peuvent être impliqués dans de telles activités d’échange sexuel, parfois même entre jeunes.  Il faut penser que des jeunes feront de tels échanges pour diverses raisons et que ce ne sera pas toujours dû au recrutement par une gang de rue. La vente de vidéos de soi, nu ou semi-nu, ainsi que les rapports sexuels en ligne étant en augmentation et s’avérant de nouvelles formes d’échange de services sexuels (p.ex. Jonsson, Bladh, Priebe, & Svedin, 2015), il serait judicieux de discuter avec les jeunes, qu’ils en soient consommateurs ou producteurs, des motivations les amenant à s’adonner à de telles activités. De telles discussions permettraient aux jeunes de réfléchir à d’autres façons de combler les besoins qui les ont amenés ou qui pourraient les amener à échanger des services sexuels contre rétribution. Finalement, il est d’opinion générale que l’échange de services sexuels contre rétribution est un rapport abusif qui est aux antipodes d’un rapport à l’autre respectueux, sensible et égalitaire. Ainsi, qu’il fasse face dans leur milieu à des événements d’échange de services sexuels de la part de jeunes ou non, le personnel scolaire devrait profiter du mandat précis qui leur est octroyé, soit celui d’éduquer les jeunes, pour susciter chez ces derniers le développement d’une réflexion critique sur les relations interpersonnelles égalitaires, les stéréotypes de genres alimentant la banalisation de la violence et de l’exploitation sexuelle.

Francine Lavoie, Ph. D., École de psychologie
Francine.lavoie@psy.ulaval.ca

Sophie Dubé, doctorante, École de psychologie

Cette capsule s’inspire de l’article en préparation : Lavoie, F., Dubé, S., Hébert, M., & Blais, M. (en préparation). High school students and selling sex: prevalence in a representative sample in Quebec. Subventionné par les Instituts de recherche en santé.

Autre ressource pour intervenants : Le magazine Ça s’exprime, no 24. Récupéré sur : casexprime.gouv.qc.ca/fr/magazine/numero/24

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