Comment décrire la vie de couple des jeunes? Indices pour la prévention- Capsule 9 ViRAJ 2016

17 Octobre 2016

Aux États-Unis, un groupe de chercheurs a décidé de mettre en valeur les opinions des jeunes et de les comparer à celles d’intervenants, non seulement sur la violence, mais aussi sur la vie de couple. On pourrait penser que les jeunes partagent des idées bien différentes de celles des adultes, mais qu’en est-il ? Une telle démarche pourrait aider à élaborer une nouvelle façon d’envisager la prévention.

La technique de recherche et d’animation retenue fut la création d’une carte conceptuelle suivie de groupes de discussion avec des jeunes de 14-18 ans, de 19-22 ans et des intervenants des groupes communautaires et d’institutions de la santé, ainsi que des planificateurs.

Avant de poursuivre votre lecture, demandez-vous ce que vous répondriez à la question qui a servi à bâtir leur enquête : Formulez une idée, une action, un sentiment, un comportement que les adolescent.e.s en relation de fréquentations pourraient avoir ou faire…. (A thought, action, feeling or behavior that teens in dating relationships might have or do is…(page 13). Notez-en au moins 5 par écrit.

Première constatation : Il y a beaucoup de ressemblance entre les opinions des 14-16 ans, des 19-22 ans et celles des intervenants-planificateurs. Malgré cette compréhension mutuelle des enjeux, ces jeunes et ces intervenants soulignent que les adultes (parents, enseignants, etc.) leur semblent souvent très condescendants envers les jeunes et leur relation amoureuse.

Deuxième constatation : Les aspects positifs de communication et de connexion ainsi que les premiers moments d’une relation sont ceux qui sont le plus fréquemment associés aux relations amoureuses.

Parmi les comportements de communication-connexion jugés par les jeunes et les intervenants-planificateurs comme idéaux, on retrouve passer du temps ensemble, s’entraider face aux difficultés, apprendre à se connaître, se sentir heureux, passer de bons moments à sourire et rire, jaser ensemble, se respecter mutuellement, se tenir la main, relaxer ensemble ; les jeunes ajoutent à cette liste s’embrasser et se coller et les adultes, s’adresser à son partenaire lorsqu’on fait face à un problème et sortir ensemble (date). Les beaux moments associés aux premières étapes d’une relation par les jeunes et les intervenants-planificateurs sont d’être heureux, d’avoir quelqu’un avec qui sortir pour diverses activités, se sentir recherché et désiré, ressentir des frissons en parlant à son partenaire.

Troisième constatation : On identifie des préoccupations, autres que la violence, associées aux relations amoureuses. Mentionnons des préoccupations au plan social, des insécurités, une centration intense sur la relation.

Les préoccupations sociales répertoriées diffèrent quelque peu entre jeunes et intervenants-planificateurs. Les deux ont toutefois en commun d’identifier les inquiétudes suivantes : être préoccupé de ce que pense la famille du partenaire, faire face à une rupture, cacher des aspects de la relation à ses parents, vouloir être populaire. De plus, les jeunes pensent que les adultes les voient comme recherchant juste du sexe, et trouvent que leur relation n’est pas considérée avec sérieux par les adultes significatifs pour eux.

 Les insécurités. Intervenants et jeunes y associent les idées suivantes : se sentir sans expérience ou naïf ou encore préoccupé de l’opinion de leurs pairs sur leur partenaire. Les jeunes sont plus nombreux que les adultes à associer à l’insécurité le fait de penser que leur partenaire ne les contacte pas assez par texto ou autre média, le fait d’avoir des problèmes de concentration ainsi que, dans leur relation, d’agir impulsivement sans penser.

Une centration intense sur la relation. Jeunes et intervenants-planificateurs diffèrent sur ce point. Les jeunes y associent le fait de penser que le partenaire est tout pour eux ou encore de recevoir constamment messages et appels du partenaire. Les adultes sont plus nombreux à associer un état de confusion, un sentiment de nervosité, d’inquiétude et d’envahissement émotionnel comme indices d’une centration intense sur la relation.

Quatrième constatation. Jeunes et intervenants-planificateurs ne réagissent pas uniquement à la présence de violence, mais s’arrêtent également à des signaux précurseurs que sont certains signaux d’alarme et la présence d’un état de dépendance.

Signaux d’alarme. Jeunes et intervenants ont en commun de nommer comme signaux le fait de penser que le partenaire flirte trop, de se distancer soi-même de ses parents, de se comporter d’une certaine manière devant les amis de son-sa partenaire, ou de ne pas aimer les ami-e-s du partenaire. Les intervenants ajoutent à ces signaux d’alarme, le fait pour un jeune de se demander comment se sortir de la relation. Les jeunes perçoivent pour leur part que de vivre des problèmes de confiance avec le partenaire et de penser qu’ils peuvent changer le partenaire sont des signaux.

État de dépendance. Jeunes et intervenants considèrent que de ne pas pouvoir imaginer sa vie sans le partenaire, d’avoir l’impression d’être obligé d’impressionner le partenaire et de vivre un sentiment de jalousie sont des signes de dépendance. À ceci, les jeunes ajoutent le fait de surveiller mutuellement les échanges ou les messages textes, de demeurer dans une relation uniquement parce qu’on a vécu bien des difficultés ensemble, de dépendre du partenaire pour son propre bonheur ainsi que d’être prêt à tout faire pour rester en relation. Pour leur part, les intervenants trouvent que des jeunes qui craignent que leur partenaire les quitte, qui se chicanent et qui se sentent en colère vivent de la dépendance.

Vécu de violence. Autant les jeunes que les intervenants associent la violence au fait de ressentir une pression à avoir une relation sexuelle, de se crier mutuellement après, de se demander si ce partenaire n’est pas assez bon pour soi, de sentir que le partenaire n’est pas à son écoute. Les jeunes parlent également d’être contrôlé par l’autre, de fréquenter un partenaire juste par crainte de ne pas trouver une autre personne, de justifier les comportements abusifs de l’autre (par la drogue, stress, etc.).

Cinquième constatation : La discussion jeunes-intervenants suivant la réalisation de la carte a mené à formuler de nouvelles idées encore non abordées dans l’enquête. Les jeunes veulent : 1) qu’on prenne davantage en compte les étapes de vie ou d’une relation : un premier amour, l’étape lune de miel, l’étape de rupture, les allers-retours entre relation et rupture, 2) qu’on mette plus en valeur l’idée qu’une même relation peut comprendre des aspects positifs et négatifs, et 3) que la pression des pairs soit davantage étudiée, car négligée dans les idées émises lors de l’enquête (pression implicite ou explicite pour fréquenter ou pour rompre). Les jeunes ont également relevé que pour avoir l’air mature ou populaire, les jeunes s’attachent souvent à faire durer une relation qui va mal.

Notre conclusion. À retenir pour la prévention et la promotion : 1) Ce n’est pas seulement le comportement de violence ou de recherche d’aide qui doit être abordé en prévention, mais les situations de tension au sein du couple afin de soutenir leur analyse et leur prise de décision. 2) La famille et les pairs peuvent ajouter aux tensions face à une relation amoureuse et les jeunes doivent être outillés pour arriver à faire leur propre choix. 3) Les programmes devraient tenir compte du fait que les jeunes voient les relations amoureuses comme procédant par stades (début, consolidation, fin, et les allers-retours). Ils pourraient par exemple les aider, lors du stade de consolidation, à faire face à l’ambiguïté lorsqu’ils expérimentent l’intimité, la sollicitude, le besoin d’autonomie et l’engagement ou lors du stade de la fin, à rompre en se sentant à l’aise de rompre et en le faisant en respectant l’autre. 4) Les jeunes notent qu’il est généralement difficile de prendre conscience de son vécu lorsque l’on est en relation amoureuse. Les initiatives en prévention pourraient donc les aider à verbaliser leurs questions, leurs préoccupations et à trouver leurs réponses.

De plus en plus d’initiatives québécoises vont dans ce sens : la trousse PREMIÈRES AMOURS ; les programmes ViRAJ et PASSAJ. Il reste néanmoins à offrir au Québec des services supplémentaires aux jeunes ayant un vécu les ayant moins bien outillés pour faire face à ces défis.

Références.

Francine Lavoie, Ph. D., Université Laval

 

 

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