La pornographie, une école pour les adolescent.e.s ? - Capsule 5 ViRAJ 2016

31 Mai 2016

La pornographie est vue comme très accessible par les adolescent.e.s et conséquemment, elle agit souvent comme première source « d’éducation » à la sexualité. Il arrive que les intervenant.e.s soient invité.e.s à se prononcer sur le pour ou le contre. Nous verrons ici quelques informations récentes fournies par la recherche. On la définira comme toute photo, tout vidéo ou tout film, autocréé ou commercial, visant à exciter sexuellement et dans lesquels on peut voir des organes génitaux de façon explicite ou des personnes faisant des actes sexuels.

Avant de pouvoir se prononcer, il faut savoir quel type de produit est offert. Deux courants d’idées circulent (Bloom & Hagedorn, 2015) : 1) la pornographie actuelle illustrerait plutôt des relations de domination-violence ou 2) elle offrirait dans les faits une diversité de contenu dont le softcore.  Selon le premier courant, la pornographie dépeindrait plus qu’avant du sexe sans affection, dénué de tendresse ou d’amour, l’homme y étant vu comme dominant et utilisant la femme afin de satisfaire son seul désir. Il y aurait par ailleurs augmentation de scènes de violence (tirer les cheveux, étouffer lors de sexe oral, etc.).

Il serait intéressant de savoir ce que les adolescent.e.s consomment en réalité au lieu de se fier à ceux qui pourfendent ou défendent la pornographie. Dans un des rares documents disponibles (Vandenbosch, 2015), on apprend que des adolescent.e.s de 13 à 17 ans invité.e.s à classer la pornographie qu’ils ont visionnée sur internet en fonction de trois thèmes (domination, violence ou échanges impliquant tendresse et affection) trouvent difficile de classer le matériel. La pornographie avec domination semble cependant assez populaire, 54% en ayant visionné,  suivie de celle où il y a affection et tendresse, 43% en rapportant. La pornographie avec violence serait la moins consommée (39%) malgré que ce type de matériel soit très disponible sur internet. Notons cependant que seuls 10% ont vu du matériel contenant pas mal de violence. Tant les filles que les garçons consommateurs de pornographie ont été exposés à du matériel avec domination, les filles ayant vu plus  de matériel clairement violent et les garçons plus de matériel avec échanges d’affection. On peut penser que les filles seraient plus informées ou sensibles pour juger de la présence de violence ou encore que les filles consommatrices, représentant une minorité parmi les filles de cet âge, auraient un vécu particulier qui expliquerait ce rapport plus élevé de pornographie violente visionnée. Une telle étude ne semble pas encore disponible au Québec.

Il faut aussi savoir que la plupart des adolescents auront vu de la pornographie et jugeront que cela est une façon acceptable d’explorer leur sexualité. Selon une enquête effectuée par mon équipe dans 4 écoles de Québec (345 élèves de quatrième secondaire en majorité, âge moyen 16,53), 85% des garçons et 28% des filles en ont consommé intentionnellement au moyen d’internet au cours de la dernière année. Certains en visionnent fréquemment, ainsi plus d’un garçon sur dix en voit presqu’à chaque jour.

Un travail de synthèse (Peter & Valkenburg, 2016 ) des recherches effectuées entre 1995 et 2015 sur la pornographie et les adolescent.e.s (66 études par enquête, 9 études qualitatives) permet de fournir des réponses à 3 questions :

Qui consomme beaucoup de pornographie ?

Bilan clair de plusieurs recherches : On peut affirmer que ceux qui en consomment davantage sont : les garçons, montrant une plus grande maturité pubertaire, chercheurs de sensation, ayant des liens faibles ou difficiles avec leur famille (moins engagés dans vie familiale, faible lien affectif, parent coercitif, conflit familial, problèmes de communication).

Tendance à confirmer dans des recherches supplémentaires : Quelques recherches ont indiqué que les jeunes en consommant davantage seraient: bi ou homosexuels, ou insatisfait.e.s de leur vie, ou consommant des substances, ou ayant des problèmes de délinquance, ou ressentant la pression de leurs pairs ou un désir d’être populaire, que ce soit avec les pairs de même sexe ou de l’autre sexe.

La consommation de pornographie est-elle liée à des attitudes « négatives » ?

La réponse est oui. Consommer est associé à :

- des idées plus stéréotypées envers l’égalité de genre et la sexualité,

- plus d’incertitude face à ses valeurs et croyances en rapport avec la sexualité,

- plus d’intérêt et de préoccupations face à  des attitudes sexuelles permissives au plan du sexe non romantique ou de considérer la sexualité comme un jeu. Ce sont les jeunes qui ressentent davantage de pression des pairs qui ont ces attitudes moins strictes.

Les consommateurs ont des attitudes négatives un peu plus élevées que les non-consommateurs. La différence est significative au plan statistique. La plupart des jeunes désapprouvent le traitement non égalitaire des femmes et des hommes dans la pornographie, ce qu’il ne faut pas oublier en consultant les résultats sur les attitudes.

La consommation de pornographie est-elle reliée à des comportements sexuels (sexe non romantique, pratiques sexuelles à risque, agression sexuelle ou victimisation) ?

La réponse est oui.

- Les deux genres qui consomment de la pornographie ont plus de sexe avec un partenaire non romantique (casual sex) dont des amitiés avec bénéfices, en particulier plus de sexe oral et anal.

- Les garçons utilisent moins le condom.

- Il y a une probabilité plus élevée pour les garçons consommateurs de poser des gestes de harcèlement sexuel et d’agression sexuelle, mais ils doivent avoir en plus d’autres caractéristiques que la seule consommation de pornographie. Ce serait la consommation de pornographie violente qui serait la plus associée à la perpétration de violence.

- Il y a une probabilité plus élevée pour les filles consommatrices de souffrir de victimisation sexuelle.

- Les jeunes des deux genres ont un rapport ambivalent avec la pornographie. Par exemple, les filles critiquent les critères de l’apparence idéale, mais se disent influencées par ceux-ci et ressentent des pressions provenant des messages sexuels sous-jacents.

Conclusion

Certains considèrent qu’il faut également explorer les aspects positifs possibles de la pornographie et tenir compte des changements culturels liés à sa consommation, comme la possibilité de produire de la pornographie (Peter & Valkenburg, 2016). Même s’il reste encore de nombreuses questions à explorer, il est important de réfléchir à l’intervention. On sait que les adolescent.e.s cherchent dans la pornographie une école de comportements sexuels et bien après, une excitation sexuelle. Deux grandes avenues sont à explorer avec ces jeunes: 1) proposer que la relation sexuelle est une expérience à créer avec un.e partenaire (et non centrée sur l’homme seul ou le partenaire dominant), et 2) mettre en valeur un discours critique émis par des jeunes. Les apprentissages essentiels en éducation à la sexualité mis en place dans les écoles du Québec seront l’occasion d’aborder ces aspects, et cela à travers plusieurs dimensions (vie affective et amoureuse, agir sexuel, rôles et stéréotypes, modèles médiatiques, pressions des pairs, etc.).

À voir comme alternative:

Les vidéos marrantes de Lea Chou. Voir La virginité… Les préliminaires…Premier bisou….
Sur www.onsexprime.fr  voir la section Premières fois (infos et vidéos)

Francine Lavoie, Ph. D. École de psychologie, Université Laval
Francine.lavoie@psy.ulaval.ca
 
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