La violence sexuelle dans les écoles secondaires et les universités : même constat? - Capsule 11 ViRAJ 2016

3 Mars 2017

Dans la foulée des discussions sur les violences sexuelles dans des institutions d’enseignement, il est pertinent de se demander quelle est la situation à l’école secondaire. Le questionnaire inspiré des travaux de Louise F. Fitzgerald sur les formes de violences sexuelles, repris dans l’enquête récente ESSIMU auprès de 6 universités québécoises, a été utilisé par mon équipe il y a quelques années chez des étudiant.es de l’école secondaire. Nous comparerons ici les données d’étudiantes en majorité de Secondaire V de 15 écoles provenant de quatre régions du Québec (1 185 élèves en 2003) aux données récentes des étudiantes de l’Université Laval (1 003 en 2016). Les données pour les 6 universités n’étant pas actuellement disponibles selon le genre, nous avons utilisé la banque de l’Université Laval. Cette comparaison n’est pas idéale vu la différence d’année de collecte et de période suggérée de référence et il faut donc s’attarder davantage à la présence du problème plutôt qu’aux pourcentages précis. Mais vous serez frappé.es, comme je le fus, par les chiffres.

Dans le cadre de l’enquête auprès d’adolescent.es qui accompagnait l’évaluation du programme de prévention PASSAJ, le harcèlement sexuel était défini comme étant des paroles, des gestes ou un environnement, à caractère sexuel et non désirés, qui portent atteinte à un droit, à la dignité ou à l’intégrité de la personne, créent un climat malsain et causent des préjudices ou des conséquences nuisibles. Les adolescent.es devaient se référer à des situations vécues au cours des 4 derniers mois dans différents milieux comme le milieu scolaire et le milieu de travail. Les contacts avec le petit ami ou la famille étaient exclus. Le rapport d’origine fournit aussi des données pour les garçons et  sur la perpétration. Le rapport sur l’Université Laval sera disponible au printemps. Nous avons repris dans le Tableau le même classement en trois formes que l’enquête ESSIMU pour les items comparables.

Selon les adolescentes qui ont subi au moins un geste de violence sexuelle et qui ont répondu à la question sur la personne agressant lors de la pire situation (n=623/1145), ces gestes ont été posés le plus fréquemment par un.e autre élève (66 %). Le milieu de travail est aussi une source de violence sexuelle puisque 9 % de ces jeunes filles affirmaient que l’auteur.e est un.e client.e au travail ou 7% un.e collègue de travail. Il est à noter qu’un nombre préoccupant de jeunes filles ont rapporté des personnes en position d’autorité comme auteures du geste harcelant, soit 3 % à l’école et 1% au travail.

 

Enquête ESSIMU- Université Laval 
(depuis ton arrivée à UL)

Projet PASSAJ
Écoles secondaires 
(4 derniers mois)

Harcèlement sexuel subi par les filles

« dévisagé, déshabillé du regard d’une façon insultante ou obscène »

25%

29%

« fait des remarques sexuelles grossières ou blessantes »

12%

19%

« tenté de démarrer une discussion sur le sexe avec toi, même si tu ne voulais pas »

16%

16%

Comportements sexuels non désirés subis par les filles

« touché d’une façon qui t’as rendue mal à l’aise »

14%

18%

« répété des invitations pour sortir malgré tes refus »

16%

18%

« tenté de te caresser ou de se frotter contre toi en te rendant mal à l’aise »

12%

13%

« montré du matériel (…) à connotation sexuelle dans le but de te choquer »

7% 1

6%

Coercition sexuelle ou chantage subi par les filles

« fait des menaces face  (…) au refus de t’engager dans des activités sexuelles»

1%

1%

« tenté subtilement de te corrompre (ou t’acheter) en retour de faveurs sexuelles » 

1%

4.2%

« obligé à coopérer sexuellement si tu voulais être bien traitée »

1% 2

6%

« parti une rumeur à connotation sexuelle sur toi »

0.6% 3

12%

Précision du libellé selon l’enquête ESSIMU :
1 par internet
2 entrevoir une promotion
3 menaces de le faire

Ainsi le  harcèlement sexuel n’est pas seulement le fait des très jeunes adolescent.es et va plus loin que de se faire siffler. On peut penser que la situation perdure dans nos écoles secondaires. Deux choses sont à faire d’urgence dans les écoles secondaires : 1) voir à ce que l’entourage des jeunes soit ouvert à entendre parler de violence sexuelle et soit réellement soutenant et 2) s’assurer que les milieux scolaires et de loisirs offrent de façon pérenne des occasions de réflexion sur les défis des relations saines et sans violence dans divers milieux.

Ceci sera la dernière Capsule ViRAJ. J’en profite pour saluer toutes les personnes œuvrant auprès de jeunes. Il est essentiel de poursuivre votre travail fort important. Pour ma part, je prends ma retraite. Il m’a fait plaisir de réfléchir avec vous sur divers enjeux des jeunes tout en favorisant la prévention de la violence. Je désire remercier les personnes qui ont soutenu la rédaction des capsules en particulier Félix Joyal Lacerte, Chantal Hamel et Catherine Ruel ainsi que les personnes qui ont rédigé des capsules au fil du temps. Ces échanges ont été facilités par les associations et regroupements qui ont diffusé les capsules et je les remercie également. Sur un dernier mot pratique, vous verrez que le programme PASSAJ pour les adolescent.es comprend une session consacrée au harcèlement sexuel. Le site internet ViRAJ demeurera disponible.

Francine Lavoie, Ph. D.

Francine.lavoie@psy.ulaval.ca

Notes : l’enquête ESSIMU (Enquête sur la sexualité, la sécurité et les interactions en milieu universitaire : ce qu’en disent étudiant.es, enseignant.es et employé.es) a été dirigée par Manon Bergeron (chercheure principale), UQAM. Un rapport sur la situation à l'Université Laval est en rédaction.

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