"L'amour au temps du numérique" : Réactions d'intervenants jeunesse au documentaire de Sophie Lambert - Capsule 1 ViRAJ 2016

21 Janvier 2016

La multiplication des plates-formes de socialisation sur le Web fait l’objet de multiples questionnements ces derniers temps.  Aux premières loges : les relations amoureuses d’une génération supposément en perte de repères…  Mais est-ce vraiment le cas?

À la lumière du documentaire récent de Sophie Lambert «L’amour au temps du numérique» et de nombreux textes d’opinions sur le Web traitant du sujet, nous assistons à des généralisations excessives fusant de toute part; les jeunes seraient désormais volages, infidèles à tout coup, avides de «likes» sur Facebook et de «selfies» narcissiques, consommeraient partenaire par-dessus partenaire, collectionnant les ITSS au passage. Sur le terrain, cependant, nous constatons plutôt l’inverse.  À travers les animations que nous effectuons dans les écoles secondaires via le programme ViRAJ (Violence dans les Relations Amoureuses chez les Jeunes), c’est définitif pour nous: les jeunes croient toujours autant en l’amour.  L’amour véritable, authentique, et non l’amour éphémère, ce genre de fast-food relationnel qu’on nous présente trop souvent pour illustrer la nouvelle génération.

Il est évident que les plates-formes pour rencontrer de nouvelles personnes sont plus diversifiées qu’auparavant; aux Facebook, Instragram et Twitter de ce monde s’ajoutent les Tinder, Grinder, Hot or Not et une multitude d’autres moyens pour qu’en un clic, une relation démarre.  Est-ce forcément négatif?  Lorsque l’on y réfléchit, peut-être pas autant qu’on le croit.  En réalité, bien qu’il est indéniable que certaines personnes puissent avoir été déçues par ces moyens de rencontrer l’amour, d’autres ont aussi réussi à trouver l’âme sœur, la personne avec qui partager leur vie.  Alors qu’auparavant, l’école et le travail étaient les deux façons principales d’effectuer des rencontres, il est aujourd’hui beaucoup plus facile de trouver quelqu’un avec qui l’on a des affinités via le Web…  et pourquoi pas?  Si cela permet d’élargir les possibilités (tant que c’est fait dans le respect de tous!), on ne peut que s’en réjouir!

Le documentaire de Sophie Lambert «L’Amour au temps du numérique» présente la nouvelle génération de jeunes comme étant complètement perdue, friande de surconsommation sexuelle et de relations éphémères.  Bien qu’elle en vienne au bout du compte à plusieurs des constats que nous faisons, il est facile de ne retenir que le côté sensationnaliste de la chose.  Avec un échantillon de 6 jeunes, la réalisatrice nous présente des propos troublants, choquants.  Tous ont eu la chlamydia.  Les couples ouverts semblent la norme.  Une jeune femme de 21 ans nous raconte sa fierté d’avoir eu plus de 100 partenaires sexuels.  Bien évidemment, suite à la diffusion de ce documentaire, les gens ont vivement réagi : c’est ça, les relations amoureuses en 2015?  Horreur!  À la lumière des réactions de la population, il est impératif de se ramener à l’ordre : non, les jeunes ne sont pas tous comme ceux présentés dans ce documentaire, au contraire!  Le nombre d’adolescents que nous rencontrons dans les écoles secondaires qui sont en couple depuis plusieurs mois, et parfois même plusieurs années, est impressionnant.  C’est aussi vrai chez les jeunes adultes; la plupart de ceux-ci ne collectionnent pas les aventures d’un soir et les conquêtes Tinder.  Cela dit, un jeune dans un couple stable, ça fait des histoires bien moins croustillantes…

Qu’en est-il des jeunes qui multiplient les relations amoureuses et sexuelles, maintenant?  Évidemment, l’accès infiniment facile à la pornographie y est probablement pour quelque chose, puisque celle-ci banalise grandement les relations sexuelles.  Également, lorsque l’on s’assoit avec les jeunes quelques minutes, on constate rapidement une autre source à ces problèmes : la faible estime de soi.  Plusieurs jeunes veulent tellement aimer, veulent tellement être en couple et vivre pleinement la beauté d’une relation amoureuse qu’ils ressortent souvent blessés, meurtris d’une fin de relation.  Après quelques échecs (que l’on préfère simplement appeler «expériences de vie»), les jeunes se font une carapace émotionnelle qui fait en sorte qu’ils ont davantage de difficultés à s’attacher réellement à quelqu’un, de peur d’être blessés.  Il faut changer les perceptions et réapprendre à réaliser qu’une rupture amoureuse peut être saine, dans la mesure où on en retire certaines choses (ce qu’on l’on aime, ce que l’on aime moins, ce qu’on refuse, ce qu’on tolère, etc.).  Cela nous permet d’être bien avec soi-même pour être mieux avec l’autre.  C’est de cette façon que l’on se sent à nouveau en mesure d’aimer véritablement, après tout!

Collectivement, il faut donc se ramener à l’ordre et cesser les généralisations.  Oui, certains jeunes se cherchent, et ce sera toujours le cas, peu importe la génération.  Cela dit, les jeunes croient toujours dur comme fer à l’amour en 2016 et comme adulte, on ne peut que leur souhaiter tout le bonheur du monde…  parce que c’est possible!

Sylvain Carrier et Alice Legault-Coulombe
Co-responsables au programme ViRAJ
Entraide Jeunesse Québec
preventionejq@entraidejeunesse.qc.ca

Note de Francine Lavoie : les capsules 3, 5 et 7 de 2015 abordent les relations sans engagement.

 

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