Mieux comprendre et soutenir les garçons adolescents ayant vécu de la violence physique dans le cadre d’une relation amoureuse- Capsule ViRAJ 8

23 Août 2016

L'adolescence est marquée par les premières expériences amoureuses. Bien qu’il s’agisse souvent d’événements heureux, ces expériences peuvent s’avérer empreintes de contrôle et de violence. La violence dans les relations amoureuses (VRA) réfère à des comportements de domination psychologique, sexuelle ou physique entre partenaires amoureux en contexte de fréquentation. Alors que les études suggèrent que les filles subiraient davantage de VRA sexuelle et psychologique (Hébert et al., 2015), les données sont plus équivoques concernant la violence physique, certaines études montrant que garçons et filles rapportent dans des proportions similaires avoir subi de la VRA physique (13% à 20% des garçons, 16% à 20% des filles, Foshee et al., 2013 ; Hébert et al., 2015). Pourtant, la société et les médias projettent rarement l’image de garçons victimes.

On n'en connaît peu sur les expériences de VRA physique vécues par les garçons, bien que certaines études révèlent que ces derniers ont plus de difficulté à s’entourer d’amis à la suite d’une expérience de victimisation (Foshee et al., 2013) et tendent à se percevoir moins capables de  rechercher de l’aide ou du soutien en contexte de VRA (Van Camp et al., 2014).

Notre étude : Sonder les garçons pour mieux comprendre leur vécu amoureux

Afin de mieux saisir le contexte amoureux dans lequel évoluent les garçons ayant vécu de la VRA physique, 184 garçons de 14 à 19 ans ayant rapporté dans l’enquête Parcours amoureux des jeunes avoir été victimes de VRA physique (selon trois questions mesurant différents gestes de VRA physique, comme avoir été poussés ou frappés par leur partenaire) ont décrit dans leurs mots « l’expérience la plus difficile » vécue dans leurs relations amoureuses.

Une analyse de contenu des 184 réponses écrites (une par participant) a permis de discerner sept thèmes parmi les expériences difficiles décrites par ces garçons victimes de VRA :

Tout d’abord, nous constatons que très peu des participants, pourtant tous victimes de VRA physique, rapportent la VRA comme étant l’expérience amoureuse la plus difficile. Seulement 10% d’entre eux font mention d’un événement de VRA physique, psychologique ou sexuelle, vécue ou perpétrée, et 7% indiquent n’avoir vécu aucune mauvaise expérience amoureuse:

Ainsi, malgré leur victimisation, la majorité des garçons semblent plutôt préoccupés par d’autres blessures amoureuses. Entre autres, près du tiers des participants rapportent que la fin d’une relation est l’expérience amoureuse la plus difficile qu’ils ont eu à surmonter :

Plusieurs hypothèses peuvent expliquer cette faible propension à décrire la VRA parmi les pires expériences amoureuses. D’une part, il peut être difficile pour les garçons de se percevoir comme victimes de VRA, même s’ils endossent avoir été poussés, frappés, etc., par leur partenaire. Effectivement, certaines normes sociales soutiennent que seules les filles peuvent subir de la VRA, ce qui peut nuire à la capacité des garçons à rapporter ces gestes comme source de détresse, comme si cela était une « entaille à la masculinité » ou une preuve de faiblesse (Martin et al., 2012). En fait, des études démontrent que l’adhésion aux stéréotypes de masculinité est liée à la fois aux difficultés à rechercher du soutien et à davantage de détresse psychologique (Mahalik et al., 2003). D’autre part, il serait important de continuer d’étudier les contextes dans lesquels les garçons vivent ces expériences de VRA afin de mieux comprendre les dynamiques de violence, le vécu des garçons dans ces situations, et les facteurs de risque associés.

Pistes d’intervention

Ces données, portant sur les préoccupations amoureuses de garçons ayant vécu de la VRA physique, soulignent la pertinence de réaliser des interventions éducatives et préventives au sujet des relations amoureuses auprès des jeunes afin d’aborder les enjeux liés à la rupture, à l’infidélité, aux conflits, à l’instabilité relationnelle, aux difficultés sexuelles et à la violence.

 En ce qui concerne la VRA physique subie, les actions d’interventions ciblant les garçons gagneraient à les aider à reconnaître les VRA subies,  à augmenter la capacité à les dévoiler, et à chercher du soutien auprès de ressources appropriées. Il semble important d’œuvrer à assouplir l’adhésion aux stéréotypes de masculinité,  à diminuer les attitudes tolérantes envers la violence afin de promouvoir des relations amoureuses saines et égalitaires, et à encourager les victimes à demander de l’aide.

Finalement, il reste beaucoup de travail à faire dans l’accès aux ressources spécialisées pour les garçons (et les hommes) victimes de VRA, d’où l’importance de mener des campagnes de sensibilisation auprès des jeunes et des intervenants au sujet des premières relations amoureuses et des défis associés. La possibilité de victimisation chez les garçons devrait aussi être un sujet abordé, afin de favoriser le soutien et la prévention par les pairs qui peuvent être témoins ou confidents.

 Auteurs :
Anne-Julie Lafrenaye-Dugas, Sexologue M.A. et psychothérapeute, candidate au Ph.D. en sexologie : lafrenaye-dugas.anne-julie@courrier.uqam.ca.
Mylène Fernet, Ph.D., Martine Hébert, Ph.D., Natacha Godbout, Ph.D., Francine Lavoie, Ph.D. et Martin Blais, Ph.D.

 

Remerciements :
Les auteurs tiennent à remercier les partenaires impliqués et les Instituts de Recherche en Santé du Canada (IRSC).

Références.

 

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