Évaluations du Programme ViRAJ

Évaluation de l’efficacité du Programme ViRAJ 2e édition (2009) publiée en 2011

Quinze ans après la première version de ViRAJ, nous avons entrepris une vaste révision disponible depuis 2009. Lors de cette révision, une évaluation formative (test des situations auprès de 1 000 élèves) a accompagné l’élaboration du contenu. Une évaluation d’efficacité a ensuite été réalisée en 2010-2011 et elle est décrite dans les prochains paragraphes.

Historique d’évaluation : Le programme ViRAJ suggère qu’augmenter les attitudes antiviolence, les connaissances et le sentiment d’efficacité à résoudre des problèmes interpersonnels aura pour effet de prévenir ou de mieux répondre à une agression psychologique ou sexuelle dans un couple ou lors d’une relation d’un soir. Dans sa première version de 1994, le programme VIRAJ a fait l’objet d’une première évaluation (Lavoie, Vézina, Piché, & Boivin, 1995) en comparant un format court à un format long du programme. On a conclu à l’efficacité du format court pour changer les attitudes et les connaissances des jeunes des deux sexes. Ces résultats étaient toutefois tempérés par l’absence de groupe de comparaison. La deuxième évaluation (Lavoie, Dufort, Hébert, & Vézina, 1997) a utilisé un plan combiné de type quasi-expérimental avec un groupe de comparaison et un contrôle de l’influence de la passation des questionnaires. L’impact du programme court fut évalué après cinq semaines, 4 mois et 12 mois. Il n’y a pas eu d’effet de la seule passation des questionnaires ce qui est un bon point. Pour chacun des temps de mesure, les attitudes des jeunes des deux sexes ont été améliorées. Il n’y a pas eu d’effet sur le sentiment de contrôle personnel en situation de conflit de couple ni sur la perception de l’approbation des pairs à l’égard de l’utilisation de la violence ou dans l’intention d’agir en aidant un pair.

Objectifs du programme : Ce programme a fait l’objet d’une révision en 2009, ce qui a incité à en vérifier à nouveau l’impact. Le but du programme ViRAJ (2009), est de cibler certaines attitudes et connaissances pour avoir des effets à moyen terme sur la diminution des comportements violents, compte tenu de la complexité de la relation entre ces facteurs. L’intervention est fondée sur le modèle qui soutient que la modification des perceptions et croyances sur la violence mène à changer des comportements inadéquats. En exposant les participants à des messages qui rejettent explicitement l'agression et la violence dans les couples, on s’attend à ce qu’ils adoptent des attitudes de désapprobation envers l'agression, et donc qu’ils soient moins susceptibles de se livrer à une agression ou aux actes violents et qu’ils refusent ce type de lien dans leur couple et en général. L’hypothèse d’un lien direct entre les attitudes et les comportements est à la base du programme.

Méthode : L’étude a été réalisée en 2010-11 selon un schème quasi-expérimental auprès de 12 classes d’élèves de secondaire IV (N = 263) dans une école de la région de Québec. Il s’agissait de comparer les résultats d’élèves recevant ViRAJ à ceux d’élèves ne le recevant pas sur les attitudes, les connaissances et le sentiment d’efficacité en situation de couple. Un groupe de 4 classes (98 élèves) a fait partie de la condition contrôle qui ne recevait pas le programme; ces élèves ont rempli un questionnaire à deux moments avec 2 ou 3 semaines de distance. Un groupe de 8 classes (165 élèves) a reçu le programme ViRAJ. Ces élèves ont rempli le même questionnaire la semaine précédant l’animation et la semaine suivant l’animation. Les jeunes rejoints avaient en moyenne 15,4 ans et il y avait 110 filles et 153 garçons. L’intégrité du programme a d’abord été jugée respectée suivant deux composantes proposées par Dane & Schneider (1998) : la fidélité (adherence) et la réceptivité des participants (participant responsiveness) à laquelle nous avons ajouté la satisfaction des participants, cette dernière se révélant fort élevée. L’évaluation retenue est de type « intention to treat » et inclut donc tous les élèves même ceux qui ont été absents à une ou deux rencontres. Le statut antérieur de victime ou d’agresseur est contrôlé.

Résultats et conclusion : Les groupes étaient équivalents au départ. Les résultats de l’évaluation du programme indiquent que les élèves qui ont participé à ViRAJ désapprouvent davantage la violence au sein du couple. Une analyse plus détaillée des items d’attitudes révèle une augmentation significative des pourcentages de jeunes qui désapprouvent la violence sur 13 des 27 items. Dix items présentent un effet plafond au départ qui limite l’amélioration possible des jeunes sur ces attitudes. De plus, autant les filles que les garçons ont amélioré leurs attitudes. Les résultats indiquent qu’un statut antérieur de victime et d’agresseur au sein du couple n’entraîne aucune modification quant à l’efficacité du programme à changer les attitudes. Les élèves ont aussi de meilleures connaissances sur la violence au sein du couple mais l’amélioration est moindre vu les niveaux déjà élevés au départ. Le sentiment d’efficacité en situation de couple n’a pas été influencé par le programme, les deux groupes progressant. En conclusion, le programme ViRAJ se révèle efficace. Retenons surtout que le programme n’influence pas négativement des victimes ou des agresseurs et peut donc être offert avec confiance; tous les types de jeunes en bénéficient, tant ceux jamais impliqués dans une relation violente que ceux l’ayant déjà été.

Cet impact favorable a découlé d’une offre de programme respectant la philosophie et la pédagogie de ViRAJ, en particulier l’animation par un homme et une femme. Une publication est en préparation.

Trotta, V., Lavoie, F., Perron, G., & Boivin, S., (2011). Évaluation de ViRAJ. Rapport Technique no. 1. Impact du programme révisé de prévention de la violence dans les couples adolescents chez des élèves de 15 et 16 ans : leurs attitudes et leur sentiment d’efficacité. Document inédit, Entraide-Jeunesse Québec, Québec, Canada.

Lavoie, F., Boivin, S., Trotta, V., & Perron, G. (2011). Évaluation de ViRAJ. Rapport technique no. 2. Impact du programme révisé de prévention de la violence dans les couples adolescents chez des élèves de 15 et 16 ans : leurs connaissances, l’effet du passé de violence et analyse fine des changements d’attitudes. Document inédit, Entraide Jeunesse Québec, Québec, Canada.

Évaluation du Programme ViRAJ publiée en 1997

La première évaluation du Programme ViRAJ publiée en 1995 avait permis de voir que les jeunes suivant le programme ViRAJ manifestaient des modifications d'attitudes et de connaissances. Par contre, le schème utilisé alors ne permettait pas d'attribuer au seul programme les améliorations mesurées. Cette évaluation de 1997 a été menée auprès d’un nouvel échantillon et selon un nouveau schème.

Buts et objectifs : Le premier objectif de cette recherche évaluative était d'évaluer par questionnaires à court et à moyen terme, c'est-à-dire un mois, quatre mois et pour certains douze mois après le programme, l'impact du programme ViRAJ auprès de jeunes de 15 ans. Cette nouvelle évaluation du programme visait à suivre une démarche plus rigoureuse d'évaluation lors de laquelle il y avait contrôle de l'effet de la passation des mesures ou questionnaires, de l'effet de sélection des participants et de l'effet de l'histoire ou d'autres événements pouvant expliquer le changement. Il s'agissait d'un schème quasi expérimental utilisant divers groupes de comparaison dont certains ne recevant pas le traitement ou encore le questionnaire de prétest. En tout, 817 jeunes de Québec ont participé à cette phase de la recherche.

Le deuxième objectif était de recueillir par le biais d’entrevues individuelles ce qu’un sous-échantillon de 48 jeunes, dont certains qui avaient un vécu de violence, retenaient du programme après six mois et d’obtenir leur évaluation des effets du programme.

Le troisième objectif consistait à vérifier si le programme, dans sa version originale, convenait à des groupes de jeunes provenant de milieux culturels différents. Il y avait alors exploration, par questionnaire et par groupe de discussion, de la satisfaction des élèves d'une école multiethnique sur la forme et le contenu du programme et comparaison des valeurs sous-jacentes au programme avec les valeurs véhiculées dans leurs milieux de vie. Trois classes d'une école de la région de Montréal ont participé dont 76 élèves répondant aux questionnaires.

Résultats : Le programme ViRAJ, dans sa forme prévue de deux sessions d'animation, s'est révélé efficace à court et à moyen terme, en ce sens que les changements étaient dus principalement au programme et non à la passation de questionnaires ou à l'impact d'événements extérieurs. Cet impact a été testé à l'aide de plusieurs groupes, aucun effet majeur de mortalité expérimentale n'a de plus été noté qui aurait pu mettre en péril la validité des résultats. Le schème choisi a permis aussi de vérifier que les groupes expérimentaux et les groupes de comparaison étaient des plus comparables et que la différence après le programme entre ces groupes ne pouvait être attribuée à une différence de départ entre clientèles. Le programme a de plus été évalué sous la forme prévue par les conceptrices, comme en témoigne l'étude de la mise sur pied du programme indiquant une très bonne conformité aux activités planifiées. Les changements ont lieu au niveau des attitudes et connaissances mais les variables de sentiment de contrôle, de perception de pression des amis ou d'intention d'agir sont peu ou pas influencées. La recherche ne notait pas de conséquences négatives, que cela soit sur l'ensemble des élèves, sur les garçons ou les filles ou encore auprès des victimes ou des agresseurs. Les opinions des élèves, tant des milieux francophones homogènes que de l'école multiethnique, étaient dans l'ensemble favorables et il est permis de croire que le programme fut une expérience enrichissante. Le programme dans sa formule actuelle fut en conclusion jugé efficace. Par contre, il serait possible de le bonifier car le format bref actuel ne saurait passer pour le seul ingrédient nécessaire afin de susciter et de maintenir chez ces jeunes adolescent-e-s des comportements de refus de la violence. Il faut également retenir que les thèmes non directement abordés dans le programme, comme l'intention d'offrir de l'aide aux victimes, n'ont pas été modifiés par le programme.

Référence à utiliser : Lavoie, F., Dufort, F., Hébert, M. et Vézina, L. (1997). Évaluation d'un programme de prévention de la violence lors des fréquentations : une évaluation de ViRAJ selon une approche quasi expérimentale. Rapport final déposé au Conseil québécois de la recherche sociale, 208 pages. ISBN 2-9801676-3-0. Québec : Université Laval.

Disponible dans les bibliothèques des universités et des directions de santé publique du Québec.

Subventionné par le CQRS et le FCAR (Québec).

Évaluation du Programme ViRAJ publiée en 1995

Méthodologie : La recherche comparait deux formats du programme ViRAJ. Une version brève de deux rencontres était comparée à une version plus longue comprenant les deux rencontres de base plus des activités supplémentaires. On a mesuré si le programme avait des effets sur les connaissances et les attitudes. Cinq cent dix-sept élèves y ont participé et leur âge moyen était de 15 ans.

Résultats : Le format bref a permis de modifier, chez les garçons et chez les filles, attitudes et connaissances sur la violence et le contrôle abusif dans les relations amoureuses des jeunes. Cette recherche visait à vérifier l'intérêt d'utiliser davantage d'heures de rencontres et des activités plus variées. Or, les résultats obtenus favorisant le programme court doivent être interprétés avec prudence car le protocole n'a pas permis la mise sur pied de façon idéale des activités supplémentaires. Ainsi, il demeure possible que des activités supplémentaires livrées avec plus d'intensité ou par du personnel qualifié ajoutent significativement à l'expérience des jeunes. En conclusion, on a tout de même retenu que le format bref de deux rencontres amène un changement significatif et peut donc être retenu comme programme offert à l'école.

Référence à utiliser : Lavoie, F., Vézina, L., Piché, C., & Boivin, M. (1995). Evaluation of a prevention program for violence in teen dating relationships. Journal of Interpersonal Violence, 10(4), 517-525. doi:10.1177/088626095010004009

 

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