Combiner amitié et sexualité : le point de vue de jeunes ! - Capsule 7 ViRAJ 2015

July 2, 2015

L’amitié avec bénéfices (AB) (friends with benefits) est une des formes de relations sans engagement. Nous vous présentons ici le point de vue de jeunes adultes sur des relations d’amitié avec bénéfices vécues pendant leur adolescence. L'échantillon de notre étude est composé d'adultes étudiant à l’Université Laval (12 femmes et 3 hommes), âgés de 19 à 26 ans. Cette étude qualitative par entrevues complète les Capsules ViRAJ « Les relations sans engagement » et « Les difficultés associées aux relations sexuelles sans engagement ».

Rappelons ce qu'est une relation d'amitié avec bénéfices selon la littérature :

  • Elle a lieu entre des amis qui ne sont pas engagés dans une relation romantique;
  • Il y a présence de contacts sexuels répétés (oraux, vaginaux ou anaux);
  • Les amis partagent des activités sociales.

 Voici ce que nous avons appris à propos des :

1. Raisons de commencer une relation d’AB à l’adolescence :

  • Près des trois quarts des participants interrogés mentionnent que le début des contacts sexuels s’est fait de manière spontanée, c’est-à-dire de manière non planifiée. Toutefois, en les interrogeant davantage, tous identifient des motivations plus précises.
  • Tous les participants rapportent avoir de l’attirance physique, psychologique et vivre des affinités avec leur ami(e) avec bénéfices : « Je pense qu’il y avait une attirance puis une connexion qui s’était faite avec les activités qu’on a faites et les intérêts communs qu’on avait [...] »
  • Le fait de se sentir « prêt » à devenir sexuellement actif, avoir une curiosité, vouloir « élargir ses horizons » et vouloir éprouver du plaisir sont des motivations pour certains.
  • Des participants ont pour objectif de répondre à leurs besoins affectifs comme recevoir de l’attention, de l’affection et se sentir valorisés. Une participante s'exprime : « [...] je trouvais ça plate de comme pas m’être fait aimer par un gars [...] »
  • Les contacts sexuels débutent parfois parce que les participants souhaitent développer une relation amoureuse avec engagement : « [...] ça va aboutir à quelque chose, pis ça va finir par être mon chum. » Tandis que d'autres affirment qu’ils ne désirent pas s’engager dans une relation amoureuse.
  • Il a aussi été question de facteurs facilitants pouvant aider, voire précipiter, le début d’une relation d’AB. Par exemple, il peut être question du statut de célibataire de l'ami(e), de son lieu de résidence à proximité et des rapports sociaux ou des sorties récréatives fréquents.
  • Par ailleurs, certains participants rapportent avoir déjà été incités à avoir des contacts sexuels par une personne dite entreprenante ou qui « s’essaye ». À noter que le terme « agression sexuelle » n’est utilisé par aucun des participants interviewés.

2. Avantages :

  • Tous relatent avoir vécu des retombées affectives positives, comme avoir un « confident », recevoir de « l’affection » et vivre une « complicité ».
  • Ils considèrent la relation d'AB comme une relation « simple [à vivre] », qui leur permet de se « sentir libre » et de se « valoriser ».
  • Le fait de « découvrir sa sexualité », de vivre une première expérience sexuelle et de connaître ses préférences est mentionné par presque tous les participants. Éprouver du plaisir est aussi rapporté par les participants.
  • Pour certains, la relation d'AB leur a permis d'améliorer leur estime de soi, leurs habiletés sociales et de « mieux se connaître » : « [...] le fait de se sentir désirée encore quand t'as l'impression que tu vaux plus rien. »
  • L’absence d’engagement est aussi appréciée : « C’était pas engageant. [...] la personne ne m’a jamais pété de crise de jalousie, [...] on se voyait quand ça adonnait. Et puis personne n’appartenait à personne. » Toutefois, la présence d’exclusivité au plan sexuel peut être elle aussi appréciée.

3. Désavantages :

  • Presque tous relatent avoir vécu des questionnements ou des affects négatifs : « Je suis revenue dans mon lit […] pis je me suis dit : « Qu'est-ce que t'as fait là? ». Pas que je me sentais complètement mal dans ma peau mais là euh ce n’était pas normal, c'était (pas) anodin, ça se produit pas à chaque jour. »
  • Ces affects se présentent entre autres parce que bien souvent, la relation est secrète. Ils expliquent cela par la peur du « regard de l’entourage » : « Quand c’est la première fois, […] t’es sensé dans les normes sociales le faire avec ton chum, quelqu’un que t’aimes et tout. C’était pas le cas puis j’étais très à l’aise avec ça, mais je ne voulais pas me faire juger là-dessus. »
  • Bien que l’absence d’engagement ait ses avantages, il semble que les jeunes éprouvent aussi certaines difficultés à la gérer. Un bon nombre de participants relatent également avoir vécu des émotions négatives par rapport à une absence d’engagement.
    • Ils disent que la relation était ambigüe et qu’il n’était pas toujours clair s’ils étaient des amis avec bénéfices ou en couple.
    • D'autres disent que de ne pas avoir de projets à long terme ou de ne pas savoir si la relation était exclusive amenaient des difficultés dans leur relation. La peur de la perte de l’ami(e) avec bénéfices n’a pas été investiguée.
  • À cela s'ajoute que la divergence entre les priorités, les modes de vie et l’attitude envers la sexualité leur faisaient soit vivre des malaises, de la frustration et pouvait nuire à la relation d'amitié.

    4. Statut du lien après la relation d'AB :
  • Le plus souvent la relation a pour effet de détériorer la qualité de la relation d'amitié ou de la faire cesser simultanément avec la fin des contacts sexuels.
  • Dans un petit nombre de cas, la relation d’AB n'affecte pas l'amitié entre les deux personnes après que la relation d’AB soit terminée comparativement à avant celle-ci.
  • Un dénouement moins fréquent après cette relation est que les personnes deviennent davantage amis ou qu'elles s'engagent dans une relation amoureuse ensemble: « [...] je lui avais présenté mon nouveau chum puis les deux avaient des affinités donc ils ont commencé à être amis [...] on était tout le temps rendus les trois ensemble [...] »

    POUR LES INTERVENANTS PSYCHOSOCIAUX

Les informations recueillies sur les adolescents québécois auprès de jeunes adultes universitaires ayant vécu ce type de relation à l’adolescence peuvent orienter les intervenants de plusieurs façons :

  • Ne pas perdre de vue que la relation d'AB est le plus souvent vécue comme un événement non planifié, auquel l’adolescent doit consentir, même si dans certains cas, cela arrive à la suite de pressions.
  • Expliquer aux adolescents, selon le vécu de d'autres jeunes de leur âge, ce qu'est une relation d'AB et quelles sont ses caractéristiques positives et négatives et les laisser juger de celles-ci. Ceci pourrait aider à démystifier ce type de relation et à anticiper les conséquences, et ce, même chez les adolescents qui en vivent une.
  • Être  présent pour soutenir les jeunes lors de la fin de leur relation d'AB puisque ces derniers peuvent vivre un deuil. En effet, pour plusieurs, il s'agit de la perte simultanée d'un(e) ami(e) et d'un(e) partenaire sexuel(le).
  • Faire réfléchir les jeunes sur les différentes difficultés qu'ils pourraient rencontrer dans ce type de relation afin qu'ils soient en mesure de les reconnaître, de les nommer et d'en parler avec un proche ou un intervenant si elles se présentent. Par exemple, ceci pourrait permettre d'intervenir auprès du jeune afin de l'aider à s'affirmer s'il vit de l'ambigüité dans sa relation.

Catherine Beaulieu et Sara-Eve Nadeau
Bachelières en psychologie de l’Université Laval
www.viraj.ulaval.ca

 

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