Déprimé/e et en amour à l’adolescence: est-ce possible ? - Capsule 2 ViRAJ 2015

February 26, 2015

L’adolescence est une période de grands changements physiques et psycho-sexuels. Certains problèmes de santé mentale peuvent alors s’inscrire dans le parcours de vie du jeune, comme celui de la dépression. Quand on est adolescent/e, comment se conjugue l’éveil amoureux et sexuel avec un état dépressif ?

Un adolescent sur cinq vivra une dépression avant la fin des études secondaires. On ne parle pas ici de mélancolie ou de tristesse passagère, car la dépression est un trouble amenant des changements notables d’assez longue durée. Le taux de dépression augmente chez les filles et les garçons entre 12 et 15 ans, connaît un plateau à 16-17 ans puis diminue par la suite. Il importe de souligner que les filles rapportent plus de dépression à tout âge.

La dépression influence toutes les sphères de la vie de l’adolescence. En général, les jeunes vivant une dépression seront plus nombreux que les adultes déprimés à : 1) se sentir irritables et en colère, 2) être extrêmement sensibles à la critique, en lien avec un sentiment de faible estime, et 3) s’isoler de certaines personnes, dont la famille, ou à changer leur réseau social. On comprend que leurs relations amoureuses peuvent aussi être affectées.

Quelques constats de recherches concernant les adolescents/es souffrant de dépression et en relations amoureuses:

  • Les adolescents/es souffrant de dépression choisissent moins bien leur partenaire, qui peut être peu soutenant, et ressentent de l’insatisfaction.
  • Ils sont souvent isolés ou rejetés par leurs pairs et ont moins de soutien de leurs parents. Ils semblent donc plus dépendants de leur relation amoureuse.
  • Les adolescents/es les plus déprimés/es n’auront en général pas de relations amoureuses.
  • L’amour pourrait mener à la dépression chez des jeunes non déprimés au départ. Les adolescents, et surtout les filles, qui s’engagent dans une relation amoureuse sont plus nombreux à rapporter une dépression lorsqu’interrogés de 6 mois à un an après le début de la relation.
  • Des ruptures amoureuses accentuent un sentiment d’abandon et de dévalorisation Une rupture amoureuse augmente la probabilité de vivre une première dépression à l’adolescence.
  • Une relation amoureuse négative, empreinte de contrôle, est associée à la dépression.

Et plus spécifiquement pour les filles souffrant de dépression à l’adolescence:

  • Elles recherchent, plus que les filles non déprimées, un lien amoureux, selon l’interprétation des chercheurs pour se remonter le moral.
  • Elles établissent un lien amoureux à un âge plus précoce alors que leurs pairs non déprimés sont plutôt impliqués dans des groupes mixtes et pas encore dans une relation de couple.
  • Elles font souvent face à des relations inégalitaires empreintes de coercition sexuelle et vivent des sentiments de colère et de jalousie.
  • Être de sexe féminin et avoir un diagnostic de dépression avant l’âge de 15 ans double le risque d’être victime de violence sévère dans son couple (blessures physiques, nécessitant la police ou les services médicaux).
  • Être de sexe féminin et avoir été victime de harcèlement sexuel depuis l’entrée au secondaire mène à vivre de la détresse (dépression-anxiété). Ce vécu est associé à de la victimisation sexuelle dans son couple.

Alors que dans le cas des garçons:

  • Ceux qui rapportent une détresse élevée, en terme de dépression combinée à l’anxiété, exercent davantage de violence physique au sein de leur relation de couple, ce qui pourrait être expliqué par leur perception d’être moins en contrôle, de moins partager le pouvoir et d’être anxieux face à cette relation.

Puberté et dépression:

Une puberté précoce (12 ans est le critère de cette recherche) mène souvent à vivre des relations romantiques et des défis interpersonnels nouveaux pour lesquels ils et elles sont souvent peu préparé/es.  Ces relations à un jeune âge accentuent les conflits avec les parents ainsi que les sentiments négatifs et dans certains cas, mènent à la dépression. Les filles souffrent plus de ces relations précoces que les garçons. Bonne nouvelle, cet effet de la précocité sexuelle sur la dépression s’estompe avec les années.

À l’opposé, une puberté tardive, si associée à des relations romantiques précoces, est liée elle aussi au fait de vivre plus de dépression durant l’adolescence, que l’on soit un garçon ou une fille. Ces jeunes pourraient être préoccupés par l’apparence de leur corps pas assez mature à leur goût.

Que faire ?

Pour certains jeunes, cette dépression sera un état transitoire, tandis que pour d’autres il y aura récurrence de la dépression. Les intervenants/es verront à :

  • Se montrer ouverts/es à l’expression de sentiments dépressifs.
  • Ne pas diminuer l'importance de ces sentiments et reconnaître leur souffrance.
  • En aucun cas tolérer les comportements violents même s’ils semblent une conséquence de leurs sentiments de détresse.
  • Les inciter à consulter et à recevoir un suivi adapté.
  • Les aider à reprendre pied face à des interactions malsaines et sources de stress, car leur problème peut être davantage social que personnel.
  • Tenir compte dans leur analyse de d’autres explications de l’état dépressif (expériences passées d’abus et de discrimination, la génétique, une maladie physique, des problèmes cognitifs menant à des échecs scolaires, etc).

En prévention, on peut aussi:

  • Appuyer les jeunes qui ont des parents non soutenants ou absents et les aider à faire face au stress ainsi qu’aux émotions vécues dans leurs relations amoureuses.
  • Appuyer les jeunes vivant du harcèlement, car ils vivront  plus de relations amoureuses non soutenantes et de dépression.
  • Encourager, par un programme de prévention, les jeunes à maintenir un réseau social riche et des activités épanouissantes (école, loisirs, bénévolat) même s’ils sont en amour. Les interactions avec des pairs ne sont toutefois pas automatiquement bénéfiques. Ruminer ou surtout co-ruminer (c’est-à-dire ruminer avec des ami/es) au sujet de ses malheurs de couple n’est pas un bon moyen de changer son état dépressif.
  • Soutenir l’offre d’activités visant à développer des réactions adéquates face aux émotions intenses ressenties dans la vie de couple, des stratégies de résolution de problèmes, l’identification des formes et de la dynamique de la violence dans les relations amoureuses ainsi que les solutions alternatives.

En somme, il existe plusieurs moyens d’aider les jeunes aux prises avec des sentiments dépressifs à vivre des relations amoureuses qui pourront leur apporter soutien et épanouissement.

Francine Lavoie, Ph. D. École de psychologie, Université Laval

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