« Là j’tais fucking pissed off parce que l’gars m’avait choké tight ! » : J’étais vraiment fâchée parce le gars m’avait laissée sans que je m’en attende.- Capsule 6: ViRAJ 20 ans

May 26, 2014

Souvent banalisés, voire même réservés pour les gens qu’on aime, les « ta gueule », « nah fuck you », « té cave », « aye le gros » ou encore « yo bitch » sont fréquemment employés par les jeunes dans leur langage courant.

Il faut comprendre qu’un pareil lexique n’est pas commun à tous les jeunes, mais qu’il permet des rapprochements et un fort sentiment d’appartenance entre jeunes. La communication devient alors une culture qui repose sur l’aptitude des individus à comprendre les intentions de leur interlocuteur (Sperber & Wilson, 1995).

Les insultes apparaissent donc comme des attentions amicales minimisant ainsi leurs impacts. L’intimité offre alors le privilège d’avoir recours à un langage d’affront qui serait considéré comme étant de la violence si son interlocuteur était une connaissance ou un inconnu.

On peut ainsi retrouver ce vocabulaire entre amoureux. Le problème est que lorsque l’insulte se répète ou se présente sous la forme d’un surnom, la personne peut finir par s’habituer à ce style d’échange ou même croire au message, d’autant plus qu’il est dit par une personne proche (ViRAJ 2009, Rencontre 2 : scène 1). Le phénomène des injures s’installe plus facilement dans un couple après quelque temps puisqu’à force de mieux se connaître, on se permet davantage de se faire des reproches spontanés. Il est plutôt rare de constater ce genre de propos lors des premières semaines de fréquentation, de peur de déplaire à l’autre.

Le défi en prévention n’est pas d’arriver à modifier le langage des jeunes, mais bien de les amener à prendre conscience des impacts possibles de ces insultes, malgré la proximité avec la personne. À quel moment est-ce moins charmant ou « cute »?  Il s’agit aussi d’inviter les jeunes à affirmer leur déplaisir plutôt qu’à endurer et à se sentir blessé. Selon Gilles Vigneault, « La violence serait un manque de vocabulaire ». Pourrions-nous alors dire que notre rôle d’intervenant/e serait de contribuer à enrichir leur vocabulaire ou du moins à le diversifier? Avec les réseaux sociaux (textos, Facebook, etc.) il est encore plus facile de dire des choses qui n’auraient jamais été dites en face à face et il est souvent impossible de corriger la situation.

Or, il ne manque pas d’expressions bien vivantes et colorées, par exemple « tu es de feu » : une personne épatante, « capotant » : quelqu’un d’intéressant, délirant, ou encore « ciao » : à bientôt. Fanny L’abbé a publié en 2006 un lexique inspiré de jeunes Montréalais de l’est de plus de 17 ans. On y retrouve aussi des surnoms comme « ti-kid ou ti-cul » : un jeune, « yoyo » : adepte de la culture Hip-Hop, « licheux » : individu qui espère avoir une certaine faveur.

Au plaisir d’échanger avec vous !

Félix Joyal Lacerte et Francine Lavoie
Université Laval

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