La violence dans les couples de même sexe existe aussi!- Capsule 10 ViRAJ 20 ans

September 12, 2014

La violence dans les couples de même sexe existe aussi!

Comme les adolescentes et les adolescents de leur âge, les jeunes gais, lesbiennes et bisexuelles, bisexuels peuvent vivre des difficultés dans leurs relations amoureuses. L’Enquête sur les parcours amoureux des jeunes Québécois de minorités sexuelles révèle des proportions importantes de jeunes ayant été victimes de violence psychologique, physique, sexuelle ou de menace à leur intégrité.

  • 70 % des jeunes femmes et 58 % des jeunes hommes de minorités sexuelles en couple rapportent de la violence psychologique au cours de la dernière année.
  • 19 % des jeunes femmes et 26 % des jeunes hommes de minorités sexuelles en couple rapportent de la violence physique au cours de la dernière année.
  • 34 % des jeunes femmes et 25 % des jeunes hommes de minorités sexuelles en couple rapportent de la violence sexuelle au cours de la dernière année.
  • 11 % des jeunes femmes et 14 % des jeunes hommes de minorités sexuelles en couple ont subi des menaces à leur intégrité au cours de la dernière année.

Des défis spécifiques aux jeunes de minorités sexuelles

Non seulement les jeunes gais, lesbiennes et bisexuelles, bisexuels sont-ils exposés à la violence dans les relations amoureuses pour les mêmes raisons que les jeunes hétérosexuels, mais ils font également face à des défis qui sont spécifiques à leur orientation sexuelle. Cinq défis spécifiques peuvent être relevés.

  • L’intériorisation des messages sociaux et culturels négatifs sur l’homosexualité et la bisexualité

D’abord, l’intériorisation des messages sociaux et culturels négatifs sur l’homosexualité et la bisexualité contribue à un sentiment de honte et à une faible estime de soi qui peut laisser croire aux jeunes qu’ils méritent la violence dont ils sont victimes. Cette intériorisation de messages négatifs contribue aussi à augmenter certains comportements qui sont associés à une plus grande exposition à la violence conjugale, comme la consommation d’alcool ou de drogues ou les difficultés relationnelles.

  • La dissimulation de l’orientation sexuelle

Un autre facteur est la dissimulation de l’orientation sexuelle. L’acceptation et le dévoilement à autrui de son orientation sexuelle est un processus développemental qui prend du temps et qui repose en partie sur le soutien de l’entourage. Tous les jeunes de minorités sexuelles ne cheminent pas au même rythme dans ce processus. Par exemple, certains préfèrent garder secrètes leurs relations amoureuses avec des personnes de même sexe pour ne pas mettre en péril le soutien de leurs parents ou de leurs amis, ou pour éviter de s’exposer l’intimidation et à l’homophobie. Dans ce contexte, l’orientation sexuelle constitue une information privilégiée, parfois secrète, que certaines personnes peuvent utiliser comme une arme contre leur partenaire pour les obliger à faire des choses qu’ils ne souhaitent pas ou pour les obliger à rester avec eux alors qu’ils préféreraient mettre fin à la relation, etc. Encore peu de données sont disponibles sur cette forme de victimisation, mais des données américaines suggèrent que les jeunes bisexuelles, bisexuels seraient plus particulièrement touchés. L’une des explications possibles est que les jeunes en couple de même sexe sont plus susceptibles d’avoir dévoilé à leur entourage leur orientation sexuelle, alors que les jeunes bisexuelles, bisexuels peuvent être en couple avec une personne de l’autre sexe et n’avoir jamais dévoilé leur attraction envers les personnes de même sexe, les exposant ainsi à la menace de dévoilement.

  • Le faible soutien social et l’isolement au sein de la relation amoureuse

 Un troisième facteur de risque de violence dans les relations amoureuses spécifique aux jeunes de minorités sexuelles est le faible soutien social et l’isolement au sein de la relation amoureuse. Parce que les couples de même sexe ne trouvent pas toujours dans leur entourage le soutien et la validation de leur relation, les partenaires représentent souvent, l’un pour l’autre, leur principale source de soutien social. Dans les couples isolés ou vivant dans le secret, cette situation génère de grandes attentes entre les partenaires, dont la déception peut contribuer à un climat de tension et conduire à la violence.

  • L’hésitation à chercher de l’aide

Plusieurs jeunes de minorités sexuelles hésitent à dévoiler des situations de violence dans leur relation amoureuse et à aller chercher de l’aide. Pour les jeunes qui vivent dans le secret, dévoiler des situations de violence équivaut à dévoiler leur orientation sexuelle, ce que plusieurs d’entre eux ne sont pas prêts à faire, en particulier lorsqu’ils ou elles sont encore incertains de leur orientation sexuelle. Une autre raison qui pousse au silence est la crainte de la discrimination : la peur du jugement sur l’orientation sexuelle ou des commentaires négatifs peut freiner la recherche d’aide des jeunes victimes de violence. Ils cherchent ainsi à éviter la revictimisation dont ils pourraient être victimes au sein des ressources d’aide.

  • La faible exposition à des personnes en couple de même sexe ayant surmonté des relations marquées par la violence.

Malgré la visibilité grandissante des défis rencontrés par les personnes de minorités sexuelles, comme l’intimidation ou la reconnaissance des couples de même sexe, il existe encore peu de modèles de couples de même sexe auxquels ces jeunes peuvent s’identifier. Encore plus rares sont les modèles de personnes en couple de même sexe ayant surmonté des relations marquées par la violence. Or, de tels modèles pourraient donner aux jeunes l’espoir d’une relation amoureuse égalitaire et sans violence.

Comment aider les jeunes de minorités sexuelles aux prises avec de la violence dans leur relation amoureuse?

  • Créer des ressources, des services et des programmes pour les jeunes de minorités sexuelles ou bonifier les ressources existantes pour les rendre plus inclusives.
  • Cibler les facteurs de risque spécifiques aux jeunes de minorités sexuelles.
  • Sensibiliser les jeunes de minorités sexuelles, la communauté gaie ainsi que les ressources en violence conjugale à l’ampleur du phénomène chez les jeunes de minorités sexuelles.
  • Mobiliser les acteurs communautaires et institutionnels autour de la création d’une trajectoire de services et d’un réseau de soutien destinés aux jeunes de minorités sexuelles.
  • Promouvoir l’inclusion de la diversité sexuelle ainsi que la sensibilité aux défis des jeunes de minorités sexuelles chez le personnel œuvrant dans les ressources en violence conjugale.

Martin Blais, département de sexologie, Université du Québec à Montréal, blais.martin@uqam.ca.

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