Le harcèlement sexuel : c'est inacceptable ! Capsule 4 ViRAJ

April 9, 2015

Retour sur un graffiti de mars 2015

L’actualité a mis en lumière le fait que des femmes leaders pouvaient malheureusement être la cible de violence sexuelle sous le couvert de dénoncer leurs prises de position. Les intervenants et intervenantes peuvent aider les jeunes à faire une réflexion critique à partir de cet événement. Il est essentiel de demeurer vigilant sur les propos parfois tenus par des jeunes et les encourager à dénoncer le harcèlement sexuel, peu importe sous quelle forme il se présente.

Rappelons les faits. Le 24 mars 2015, un graffiti faisant la promotion du viol a été retrouvé dans une salle de toilettes à l’Université de Montréal. Une leader étudiante de l’ASSÉ était ciblée directement. Extrait : « J’espère que la petite pute de riche en chef de l’ASSÉ va se faire violer et que cela va lui faire mal, cette vache (…). »

La leader étudiante et des militants-es étudiants-es ont vigoureusement dénoncé cet événement et rappelé que plusieurs femmes subissaient de telles violences sans que cela ne fasse la manchette des médias. Comment réagissent les jeunes de votre milieu? Peuvent-ils dire comment se sent la personne visée et les témoins de ces gestes? Quelle est leur interprétation de ces propos? Ce geste est-il vu comme justifiable?

Réactions aidantes à adopter par les intervenants :

  • Ne pas minimiser le geste posé;
  • Aider à comprendre que ce graffiti correspond à une forme de harcèlement sexuel (vous pouvez lire le document Testez vos connaissances sur le harcèlement sexuel afin de voir plusieurs exemples de harcèlement sexuel et de maîtriser la méthode);
  • Affirmer qu’il s’agit, dans ce cas, d’un comportement criminel (et même s’il n’était pas criminel, un geste harcelant doit être remis en question).

Avant tout, quelques informations…

Une définition : « Il y a harcèlement sexuel lorsqu’une personne ou un groupe de personnes pose des gestes ou a des paroles à caractère sexuel qui sont non désirés, qui portent atteinte à un droit, à la dignité ou à l’intégrité de la personne, créent un climat malsain et causent des préjudices ou des conséquences nuisibles. » (Programme PASSAJ, 2007, rencontre 3, page 5). La loi tient également compte du caractère répétitif ou de la gravité.

Les chercheurs ont identifié que le harcèlement sexuel se présente sous quatre types, soit

  1. Le harcèlement de genre (remarques sexistes, blagues sexuelles grossières et dégradantes, traiter inéquitablement à cause du genre, utiliser du matériel pédagogique sexiste, rumeurs sexistes sur Internet, etc.)
  2. Les avances sexuelles non désirées (invitations répétées, propositions sexuelles explicites, regards grivois intimidants, effleurements intentionnels qui semblent accidentels, etc.)
  3. Le chantage sexuel (tentative de corrompre, refus de promotion, évaluations négatives, etc.)
  4. L’agression sexuelle (voyeurisme dans les toilettes, déshabillage forcé, agression, menaces d’agression)

Les comportements harcelants peuvent prendre trois formes [1] soit :

  • non verbale (regards, graffitis, photos, flâner devant le domicile, petits présents, etc.)
  • verbale (des paroles dites ou écrites : blagues, téléphones obscènes, rumeurs, etc.)
  • physique (des touchers)

Ils peuvent se situer sur un continuum de gravité [1] :

  • contrariant (déplaisant, sans sentiment d’obligation, dégradant)
  • contraignant (stress, sentiment d’obligation, vigilance nécessaire, peur, avilissant.)
  • agressant (peur, angoisse, sentiment de perte de contrôle, atteintes physiques)

MÉTHODE EN 3 POINTS PROPOSÉE POUR ANALYSER L’ÉVÉNEMENT (GRAFFITI)

1.  Caractéristiques de la situation permettant de dire que la personne visée par le graffiti est la cible ou non de harcèlement sexuel selon la définition proposée

On voit qu’il s’agit de harcèlement sexuel car il y a :

L’écrit public à caractère sexuel :

  • est non désiré par la cible;
  • porte atteinte à sa dignité (ces phrases sont dévalorisantes, troublantes et insécurisantes);
  •  porte atteinte à son droit à l’égalité, à exprimer librement des idées politiques, à vivre en sécurité;
  •  porte atteinte à son intégrité (menace de viol, de souffrance);
  • crée un climat malsain et hostile pour la personne visée, son entourage et son milieu (l’Université);
  • cause des préjudices et ont des conséquences nuisibles:
    Conséquences pour la cible : diminution du sentiment de sécurité, restriction possible de ses allées et venues, fardeau mental, anxiété, etc.
    Conséquences pour les témoins ou spectateurs : Découragement de d’autres femmes désirant jouer de tels rôles, encouragement de certaines personnes susceptibles de tenir ce genre de discours, etc.

Durée et gravité de la situation : une seule fois mais grave (en fait, il semble que ce soit 3 fois parce qu’il y a eu répétition du même message dans 3 lieux mais cette information n’est pas confirmée). Si le graffiti est resté en place pendant une certaine période, la durée peut être vue comme longue. Même si l'événement en question n'était survenu qu'une seule fois, la gravité du geste fait en sorte que le comportement n'a pas à être répété pour entraîner des conséquences importantes pour la cible, mais également pour l'ensemble des femmes dans le cas présent.

2.  Type de harcèlement identifié :

  • harcèlement sur la base du genre (remarques sexistes)
  • agression sexuelle (menaces de viol)

3.  Degré de gravité du harcèlement sexuel
Agressant : peut mener à des accusations en vertu du code criminel
Note : certains commentaires publiés par des avocats relatent qu’il ne s’agirait pas d’une menace (agression) mais d’un souhait, car le mot j’espère est utilisé par le harceleur (ce pourrait être alors du harcèlement criminel).

On peut aussi se demander si cette institution scolaire est un environnement harcelant (tolérant ces actions)?
OUI, si ce comportement est toléré par l’Université (geste non dénoncé, graffiti non effacé)
NON, si ce comportement est dénoncé par l’Université, ce qui a été le cas pour l’événement cité

En conclusion, nos interventions sont facilitées quand il existe dans notre milieu de travail des politiques claires, des procédures détaillées et connues ainsi qu’une réelle volonté du personnel de dénoncer le harcèlement sexuel et de soutenir les personnes touchées. Rien ne peut excuser le fait d’avoir recours au harcèlement sexuel. Est-il temps de revoir les outils de votre milieu de travail, école ou association de sports ou de loisirs? Comment un jeune pourrait-il trouver du soutien ou encore dénoncer s’il est la cible de harcèlement sexuel?

Francine Lavoie 1, Ph. D., École de psychologie, Université Laval
Sylvie Parent, Ph. D., Département d’éducation physique, Université Laval
www.viraj.ulaval.ca
1Subventionnée par les Instituts de recherche en santé du Canada (OGW123789)

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