Le Sexting à l'adolescence - Capsule 13 ViRAJ 20 ans

December 10, 2014

Le sexting, l’envoi ou la réception de textes ou de photos sexuellement explicites par l’entremise de cellulaires ou autres médiums électroniques, suscite bien des questions et on n’a pas fini d’en parler. Les intervenants jeunesse intéressés à discuter de relations interpersonnelles harmonieuses et sans violence doivent donc être davantage informés sur ce phénomène et pouvoir prendre position face aux adolescents. Il est connu que le nombre de personnes faisant du sexting est plus élevé chez les adultes que chez les adolescents (Klettke, Hallford, & Mellor, 2014), ainsi certains intervenants choisiront possiblement d’en faire dans leur vie privée. Une minorité d’entre eux sera d’opinion que ce serait approprié pour bien du monde, or il faut s’interroger sur l’à-propos de ces échanges à l’adolescence. On peut postuler qu’il y a moins d’impacts négatifs à l’âge adulte, quoiqu’il puisse y avoir des effets négatifs sur la réputation et la diffusion imprévue en particulier de son image. À l’adolescence, vu le contexte légal associant images de mineurs dénudés et exploitation sexuelle, il est clair que les retombées négatives sont potentiellement plus élevées en termes de poursuite et de dossier criminel. L’impulsivité de l’adolescence et les comportements d’intimidation et de rumeurs peuvent ajouter aux difficultés. Au Canada, le Centre canadien de protection de l’enfance a même choisi de nommer ce phénomène de l’auto-exploitation juvénile, pour souligner les aspects négatifs de ce comportement, expression que plusieurs jeunes contestent lorsqu’ils créent eux-mêmes les images.

On peut d’abord se demander si ce phénomène touche plusieurs adolescents. Il s’avère qu’il y en a suffisamment pour devoir en parler avec eux, sans que cela concerne une  majorité. Certains jeunes ne se voient vraiment pas poser ces gestes. On a toutefois peu de données canadiennes ou québécoises. Une recension d’enquêtes américaines sur des échantillons représentatifs estime qu’environ 10 % des adolescents envoient des textes ou des photos suggestives et que 15 % en reçoivent (Klettke, Hallford, & Mellor, 2014). Au Québec, des données exploratoires (Lavoie, 2014) sur des échantillons d’élèves de 14 à 18 ans de la ville de Québec sont disponibles, en ce qui touche plus précisément les photos ou vidéos.  En 2010, 6 % des adolescents en envoyaient alors qu’en 2013, 13 % le font et en particulier les filles (20 % des filles pour 7 % des garçons). Il y a, en 2013, nudité totale ou exposition des organes génitaux dans le tiers des envois et dans 44 % des sextos photos reçus. De plus, recevoir des sextos photos est devenu assez courant,  puisque le tiers des jeunes élèves en ont reçu.

Il reste à savoir si le sexting photos est un médium de communication acceptable et sain dans une perspective de promotion des relations égalitaires entre les jeunes? Des jeunes vont vous dire qu’il s’agit d’un cadeau sexuel à leur amoureux ou amoureuse ou d’une bonne façon de se faire remarquer par un partenaire potentiel et ils en sont satisfaits. Ce comportement amène par ailleurs des adolescents à redéfinir l’infidélité, certains affirmant que si on ne touche pas l’autre personne tout en échangeant des sextos photos, on demeure fidèle à son amoureux. Cette définition de la fidélité n’est pas nécessairement partagée!

Des jeunes peuvent par ailleurs vivre des pressions à envoyer un sexto comme preuve d’amour ou de virilité. Il s’agit alors d’exploitation et de relations malsaines. Le sexting de vengeance peut quant à lui se produire dans un contexte de conflit ou de rupture amoureuse. La menace ou le fait d’afficher en ligne ce qui a été révélé ou vécu dans un contexte d’intimité (distribution non-consensuelle) est une forme d’intimidation qui est punissable depuis les récentes mises à jour au Code criminel canadien 1 (les articles 162 : voyeurisme, 163 : publication obscène, 264 : harcèlement criminel, 346 : extorsion et 298 à 300 : libelle diffamatoire). Ces situations de transmission devraient être évitées.

Il est aussi souligné que cette circulation d’images semi-dénudées ou dénudées encourage, surtout chez les filles, l’idée qu’il faut paraître sexy ou qu’il faut un corps de vedette porno, ce qui en soi crée des malaises. Le projet egirlsproject.ca suscite la critique de cet univers de pression et donne à penser à d’autres images à partager.

On s’inquiète d’autre part de la mauvaise compréhension par les adolescents des limites à la confidentialité des images qu’ils mettent sur internet. Il y a toutefois un dilemme, en ce sens qu’ils sont en fait intéressés à protéger leur vie privée comme ils le montrent en ayant des adresses internet cachées de leurs parents ou enseignants et en effaçant leur histoire de navigation (Steeves, Milford, &  Butts, 2010). Par contre, le désir de bien paraître ou de séduire leur fait prendre le risque de faire circuler des photos nues ou semi-dénudées d’eux-mêmes sur internet ou de les afficher sur Facebook. Ce dilemme face au comportement sécuritaire mérite aussi discussion. Une piste de discussion est la capsule-vidéo de prévention néerlandaise qui montre qu’un jeune ne sait souvent pas à qui il adresse ses sexto : http://www.youtube.com/watch?v=uvAgjVDcoOY.

En conclusion, les intervenants peuvent inciter les jeunes à ne pas envoyer de telles photos, mais aussi à ne pas en demander, surtout d’une personne qu’on dit aimer et respecter. En fait, les seules photos à envoyer sont celles que l’on distribuerait sans gêne dans la cour de l’école, au travail ou à nos parents. Voir aussi des suggestions de selfies (exemples d’autres images à envoyer) du Groupe Chainsmokers  dans leur vidéo de la chanson # SELFIE (site egirlsproject.ca).

Vous retrouverez en 2015 d’autres capsules puisque nous avons décidé de poursuivre ces échanges. Nous remercions toutes les personnes qui ont soutenu ce projet en 2014.

Joyeuses fêtes,

Francine Lavoie et Félix Joyal Lacerte

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