Les difficultés associées aux relations sexuelles sans engagement (Suite) - Capsule 5 ViRAJ 2015

May 11, 2015

Voici d’autres informations sur ces relations qui complètent la capsule 3 (2015) – « Quiz – Les relations sans engagement ».

Des adolescents, dont certains que vous connaissez, ont des relations sexuelles sans engagement [1] [2] [3]. Certains vivraient même leur première relation sexuelle dans ce contexte [1]. Rappelons qu’il peut s’agir d’amitiés avec bénéfices et d’aventures sans lendemain. L’amitié avec bénéfices  se définit comme un contact sexuel, répété ou non, avec un ami et l’aventure sans lendemain, comme un contact sexuel avec un inconnu ou une connaissance (p. ex., l’ami d’un ami).

Bien sûr, un grand nombre de ces adolescents vivront ces relations sexuelles sans engagement sans aucun effet  négatif. Cette expérience peut représenter une étape dans la découverte de la sexualité et de l’intimité. Ici, nous réfléchirons aux jeunes qui présentent des difficultés.

 Le bien-être psychologique

Le bien-être psychologique des jeunes qui s’impliquent dans les relations sexuelles sans engagement fait l’objet de plusieurs questionnements :

 1) Est-ce que le niveau de bien-être psychologique avant ce type de relations sexuelles a une influence sur l’implication dans ce type de relations chez les adolescents ?

2) Les relations sexuelles sans engagement ont-elles un effet sur leur bien-être psychologique ?

3) Les garçons et les filles qui s’y impliquent diffèrent-ils quant à leur bien-être psychologique ?

Selon les études, il semble que les jeunes des deux genres qui vivent une détresse psychologique, caractérisée notamment par des symptômes dépressifs et des idéations suicidaires, soient plus susceptibles de s’engager dans une relation sexuelle sans engagement [1] [4] [5]. Toutefois, la détresse psychologique n’influencerait pas toujours l’implication dans ce type de relations sexuelles. Il importe tout de même de le vérifier, car ces relations sexuelles sans engagement peuvent constituer des stratégies de gestion de cette détresse. On peut supposer qu’ils chercheraient ainsi à se rassurer, se valoriser, se consoler ou se distraire.

Par ailleurs, à la suite d’une relation sexuelle sans engagement, une augmentation des symptômes dépressifs [1] [4] et des idéations suicidaires [5] peut être notée. Les filles seraient plus nombreuses que les garçons à subir une telle baisse du bien-être psychologique. Le sentiment de honte et de regret, fréquemment rapporté par les jeunes femmes [6], pourrait y contribuer. La tendance culturelle selon laquelle les filles sont plus sévèrement critiquées pour un même comportement sexuel que les garçons [7] s’avère une autre piste de réflexion pouvant expliquer cette détresse psychologique subséquente à une relation sexuelle sans engagement.

La consommation d’alcool et de substances psychotropes et le consentement

Lorsqu’il est question de relations sexuelles sans engagement, nous ne pouvons pas passer outre la consommation d’alcool, qui  est associée surtout aux aventures sans lendemain [8]. En effet, une utilisation hebdomadaire (c.-à-d., au moins une fois par semaine) d’alcool rendrait plus probable l’implication dans une relation sexuelle sans engagement chez les garçons, alors que c’est une consommation hebdomadaire de drogues qui aurait le même effet chez les filles [9]. Une explication possible est que la consommation d’alcool et de substances psychotropes réduirait la capacité à faire des choix réfléchis en matière de sexualité. Elle peut contribuer à embrouiller le désir réel d’avoir un rapport sexuel et rendre plus difficile l’affirmation de ses limites. Il serait pertinent de discuter de la notion de consentement avec les jeunes, car ils ne considéreraient pas toujours les contacts sexuels non-consentis sous l’effet de l’alcool comme une agression sexuelle [10].  Par ailleurs, une consommation fréquente d’alcool et de substances psychotropes peut s’avérer un indice externe de détresse psychologique. Elle pourrait aussi être liée à  une certaine délinquance ou affiliation à des pairs délinquants, ce qui mérite d’être vérifié  pour mieux comprendre le vécu des jeunes.

Pistes d’intervention …

Les intervenants devraient :

  • Inciter les jeunes réfléchir à leurs motivations à s’engager dans une relation sexuelle sans engagement et aux  besoins qu’ils visent à combler en faisant ce choix. Cette approche pourrait ainsi diminuer les risques de déception et de regret à la suite d’une telle relation sexuelle.
  • Discuter de la pression sociale sur les garçons à correspondre à certains stéréotypes masculins pouvant les inciter à être actifs sexuellement et à demeurer distants émotionnellement. Une telle discussion pourrait permettre aux garçons de mieux assumer  leurs besoins émotionnels et relationnels et de les amener à choisir des relations qui répondent mieux à leurs besoins.
  • Encourager les jeunes à partager leurs attentes relationnelles et insister sur l’importance de la transparence, afin d’éviter les déceptions.
  • Discuter avec les jeunes du rôle de la consommation d’alcool et de substances psychotropes en lien avec les relations sexuelles sans engagement, puisqu’elle peut créer un terrain propice aux agressions sexuelles, et ce surtout en contexte d’aventure sans lendemain [10].
  • Face à la détresse psychologique, caractérisée notamment par des idéations suicidaires, il serait judicieux d’aider les jeunes à envisager d’autres stratégies d’adaptation que le fait d’avoir recours aux relations sexuelles sans engagement.

Pour en apprendre davantage sur le point de vue des intervenants québécois sur les aventures sans lendemain, consultez l’article  L’aventure sans lendemain chez les adolescents hétérosexuels : réflexions et pistes d’intervention [11]. Une prochaine capsule vous fera connaître les résultats d’entrevues effectuées à Québec sur les amitiés avec bénéfices.

Sophie Dubé, étudiante au doctorat en psychologie, Université Laval
www.viraj.ulaval.ca

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