Les relations sexuelles entre ados et entraîneurs : un abus sexuel ou une relation consentante ? Capsule 10, ViRAJ 2015

October 14, 2015

La relation entre un athlète et un entraîneur est caractérisée par une proximité à la fois physique (les entraînements, l’aide lors de l’exécution de mouvements, etc.) et émotionnelle (moments intenses partagés). Les entraîneurs et leurs athlètes passent beaucoup de temps ensemble et partagent une passion commune. Cette proximité peut donner lieu à des situations où les limites que devrait avoir la relation entraîneur-athlète sont outrepassées.

Par exemple, certains entraîneurs ont une attirance sexuelle pour les athlètes qu’ils supervisent et certains athlètes ont eu leur première relation sexuelle avec leur entraîneur. Certains entraîneurs avouent même avoir eu des relations sexuelles avec des athlètes âgés de moins de 18 ans. Selon l’Enquête sur les parcours amoureux des jeunes québécois, seulement au cours de la dernière année précédent l’enquête, 1.6% des jeunes athlètes de 14 à 17 ans ont eu des contacts sexuels qu’ils perçoivent comme consentants avec leur entraîneur1-2. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le phénomène touche autant les garçons que les filles. Mais le consentement dans cette situation peut-il vraiment être invoqué pour justifier ou légitimer ce genre de relation entre un adulte en position d’autorité comme l’entraîneur et un athlète d’âge mineur ?

Au Canada, l’âge de consentement légal aux relations sexuelles est de 16 ans. Toutefois, dans le cas des relations sexuelles entre un adulte en position d’autorité, comme un entraîneur, et un adolescent mineur de 16 ou 17 ans, le consentement ne peut pas être invoqué. Cela signifie que ces situations sont en fait une forme d’abus sexuel et non simplement une relation entre deux personnes consentantes. Mais pourquoi ces abus ne sont pas toujours considérés comme problématiques dans le contexte sportif ?

Le parallèle avec d’autres domaines où des adultes sont en position d’autorité avec des jeunes de moins de 18 ans est pourtant choquant. En effet, que dirait-on d’un ou d’une enseignant(e) qui aurait ce genre de relations avec un ou une élève de sa classe ? Trouverait-on normal qu’un médecin ait une relation sexuelle avec un ou une jeune patient(e) de moins de 18 ans ? Alors pourquoi le monde du sport semble accepter ou tolérer davantage cette situation ?

Plusieurs écrits montrent que le monde du sport est une sphère de la société où la violence est tolérée, normalisée. On y observe en fait l’adoption de comportements jugés inappropriés en-dehors du milieu sportif. Dans ce contexte, ces gestes sont dits normaux, ou faisant «partie du jeu», comme les contacts physiques violents par exemple. La violence sexuelle semble être elle aussi normalisée dans ce contexte. En effet, les chiffres obtenus dans l’étude québécoise citée précédemment nous montrent qu’une proportion non négligeable de jeunes sportifs disent avoir consenti à ce genre de relations avec leur entraîneur (1.6% au cours de la dernière année). Cette situation n’est pas perçue comme étant problématique et d’autres études suggèrent que plusieurs d’entre eux considèrent même cette situation comme étant positive. Qu’est-ce qui peut expliquer ce degré de tolérance ? L’entourage des jeunes athlètes serait-il en cause ?

Malheureusement, la loi en cette matière ne semble pas être connue de plusieurs intervenants sportifs. Une étude menée au Danemark montre que 50% des entraîneurs questionnés ne connaissaient pas les lois en cette matière (similaires aux lois canadiennes sur cette question). Il se peut également que de telles situations soient acceptées ou tolérées par certains administrateurs sportifs et même par certains parents. Que faire alors pour prévenir ce genre de situations dans le sport ?

Tout d’abord, il semble important que le sport ne soit plus vu comme étant une sphère parallèle à la société et à ses règles/lois, surtout lorsque l’on parle de violence perpétrée à l’égard des jeunes. Il est nécessaire de faire un examen de notre culture sportive afin d’en modifier ses paramètres toxiques et d’en faire ressortir ses importants bénéfices. Bien que ces changements peuvent demander du temps, il est important de s’y attarder dès maintenant. Ensuite, il est primordial que de tels comportements de la part des entraîneurs ne soient plus tolérés, que ce soit par les parents, les administrateurs sportifs ou la société elle-même. La formation adéquate des entraîneurs sur le plan légal et éthique, de même qu’une sensibilisation auprès des parents et de l’entourage, deviennent des incontournables. Finalement, il est urgent que les organisations sportives qui régissent le sport se dotent de règles claires et strictes en cette matière. Certaines fédérations sportives ont mis en place des règlements internes interdisant les relations sexuelles/intimes entre les entraîneurs et les athlètes, même d’âge majeur. Ces initiatives constituent un pas dans la bonne direction.

En tant qu’intervenants, il est possible d’interpeler les organismes sportifs de votre milieu à ce sujet.

Sylvie Parent, Ph. D.
Département d’éducation physique, Université Laval
sylvie.parent@fse.ulaval.ca

Subventionné par les Instituts de recherche en santé du Canada (103944), chercheure principale Martine Hébert.

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