Réactions des proches des victimes ayant subi une agression sexuelle : de l’exclusion à l’approche aidante! – Capsule 6 ViRAJ 2015

June 9, 2015

L’agression sexuelle à l’adolescence ou au début de l’âge adulte est malheureusement un phénomène plutôt inquiétant au Québec. Les femmes sont les plus touchées. En effet, près de 10 % des hommes et 22 % des femmes rapportent avoir vécu au moins une agression sexuelle à l’adolescence (Tourigny, Hébert, Joly, Cyr, & Baril, 2008). De plus, chez les adultes, ce sont les 18-24 ans qui sont le plus souvent victimes de comportements d’agression sexuelle et les femmes de cette tranche d’âge sont également les plus touchées (Ministère de la Sécurité publique du Québec, 2011). Ces comportements peuvent se manifester de diverses façons, allant de la pression verbale à l’usage de la force (Ministère de la Sécurité publique du Québec, 2011).

Les adolescents/es et jeunes adultes victimes d’une agression sexuelle se tournent le plus souvent vers un réseau d’aide informel après l’évènement. Ainsi,  leur confident/e est un pair ou un membre de leur famille, et plus rarement un professionnel de la santé, une ressource en relation d’aide ou un représentant de la loi (Stein & Nofziger, 2008). La personne qui reçoit les confidences peut réagir de différentes manières. Sans nécessairement avoir de mauvaises intentions, il est possible que des personnes aient des réactions nuisibles, n’étant pas outillées à faire face à ce genre de révélation. Les intervenants/es de diverses professions ou de divers milieux susceptibles d’aider les jeunes ne sont pas toujours équipés pour pouvoir intervenir dans des situations où il y a eu agression sexuelle, en particulier si ces personnes ne sont pas des spécialistes de la question.

Un questionnaire sur les réactions nuisibles et aidantes et leurs effets a été passé auprès de 1 863 femmes américaines adultes, qui ont vécu une expérience sexuelle non désirée après l’âge de 14 ans (Reyla & Ulamann, 2015, Ullman, 2000). Il s’en dégage deux types de réactions nuisibles et deux types de réactions aidantes.

Réactions nuisibles :

Il y aurait 6 formes de réactions nuisibles possibles que l’on peut regrouper en 2 grands types.

Type 1 : Les réactions d’ « accusation/exclusion » : comportements ou attitudes d’hostilité envers la personne qui se confie, lui laissant croire qu’elle a une part de responsabilité dans ce qui lui est arrivé. Ces réactions peuvent s’exprimer de trois façons :

  • Le « blâme » : dire que la victime aurait pu en faire plus pour prévenir l’agression, qu’elle était insouciante ou imprudente, laisser entendre que la victime devrait avoir honte de l’expérience qu’elle a vécue.
  • La « stigmatisation » : agir comme si la personne était dorénavant différente ou avait moins de valeur, s’éloigner de la victime, se centrer sur ses propres besoins et négliger ceux de la victime.
  • Certaines formes de « contrôle dominateur » : prendre des décisions pour la victime, prétendre que l’on comprend ce que la personne ressent alors que ce n’est pas le cas, dévoiler l’agression de la victime à d’autres sans son accord.

Type 2 : Les réactions de « reconnaissance de l’événement, mais sans soutien » : il y a reconnaissance de la gravité de l’agression et de la responsabilité de l’agresseur, mais aucun soutien émotionnel ou aide tangible n’est offert à la victime. Ces réactions s’expriment de 3 façons :

  • La « distraction » : dire à la victime d’arrêter de penser ou de parler de l’évènement, essayer de décourager la victime de parler de l’incident, lui dire que « la vie continue », l’encourager à garder l’évènement secret.
  • L’ « égocentrisme » : être tellement en colère contre l’agresseur que la victime a besoin de nous calmer, dire que l’on se sent personnellement blessé/e ou atteint/e par l’évènement, demander du réconfort de la part de la victime.
  • Certaines formes de « contrôle infantilisant »: traiter la victime comme si elle était une enfant, minimiser l’importance de l’évènement, lui donner l’impression qu’elle ne peut pas prendre soin d’elle.

Réactions aidantes :

En revanche, il y aurait 2 types de réactions aidantes.

Type 1 : Un « soutien émotionnel » : lui dire que ce n’est pas de sa faute, la rassurer sur le fait qu’elle est une bonne personne, lui rappeler qu’il y a des gens qui l’aiment, « recadrer » clairement l’expérience comme étant un abus sexuel dont la personne a été victime; écouter et accepter le récit de l’évènement sans poser de jugement.

 Type 2 : Une « aide tangible » : l’accompagner pour recevoir de l’aide médicale, lui donner de l’information et discuter des options possibles, l’amener voir la police ou l’encourager à consulter un thérapeute, si elle le souhaite.

Constats : Les réactions, tant les nuisibles que les aidantes, sont fréquentes et ont des répercussions importantes.

Toujours dans l’étude de Reyla et Ullman (2015), 78 % des femmes ont vécu des réactions de type « accusation/exclusion », alors que 94 % ont reçu des réactions de type « reconnaissance de l’évènement, mais sans soutien ». Plusieurs conséquences négatives sont associées à ces types de réactions nuisibles, dont un plus grand risque de souffrir d’un état de stress post-traumatique et de dépression, ainsi que l’utilisation de stratégies d’adaptation mésadaptées (c.à-d. déni ou abus de substances). Fait encourageant, 99 % des femmes ont également reçu des réactions aidantes de la part de leurs proches, ce qui peut résulter en une augmentation de l’affirmation de soi au plan sexuel et à une plus grande utilisation de stratégies d’adaptation positives. Il est à noter que d’autres études sur le sujet permettraient de dresser un portrait plus clair des conséquences liées aux différents types de réactions des proches des victimes suite au dévoilement d’une agression sexuelle.

Cette étude a l’avantage de faire connaitre, du point de vue des victimes, quelles sont les réactions aidantes et les réactions nuisibles. Le fait que la presque totalité des femmes de l’étude de Reyla et Ullman (2015) ait été confrontée à des réactions potentiellement nuisibles appuie l’idée d’outiller les personnes susceptibles de recevoir des demandes de soutien après une agression sexuelle, comme les amis et la famille, et de perfectionner la pratique de divers intervenants appelés à agir auprès de cette clientèle.  Il peut être utile que les intervenants s’enquièrent des réactions nuisibles vécues par une victime, afin de l’aider à y faire face et que les programmes de prévention ajoutent un volet sur les réactions aidantes de l’entourage.

Catherine Ruel, étudiante au doctorat en psychologie clinique, Université Laval
Francine Lavoie, Ph.D., Université Laval
www.viraj.ulaval.ca

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