Sexe, alcool et drogues: un cocktail risqué! - Capsule 8 ViRAJ 20 ans

June 19, 2014

En période de croissance et de développement, il est juste de dire que les jeunes tentent régulièrement de nouvelles expériences, sans trop considérer les risques ou conséquences possibles. Cela est particulièrement vrai pour la consommation de substances psychoactives (SPA). Selon une récente enquête québécoise ( Laprise, Gagnon, Leclerc, & Cazale, 2012), 60% des jeunes de niveau secondaire, garçons et filles confondus, auraient déjà consommé de l’alcool et environ le quart (26%) des drogues au cours des 12 derniers mois. Par ailleurs, ces pourcentages augmentent avec l’âge. On ajoute à ce cocktail la découverte de la sexualité qui arrive souvent durant cette même période. Des questions surgissent alors sur le consentement à un contact sexuel en présence de consommation de SPA ? Si une personne exprime avoir du désir sexuel envers une autre personne, il demeure primordial d’avoir son consentement avant de passer à l’acte. Or, la perception du consentement est parfois biaisée chez les jeunes qui consomment des SPA.

Pour l’intervenant/e, il importe de considérer dans son évaluation d’une situation la consommation d’alcool et de drogues comme facteurs potentiellement aggravants des comportements violents. On estime en effet à 50% le taux d’agresseurs sexuels adolescents ou adultes ayant consommé de l’alcool avant l’agression sexuelle (Tourigny & Dufour, 2000).   Il faut néanmoins combattre l’idée que c’est la consommation de SPA qui cause l’agression sexuelle. En ce qui concerne l’agression sexuelle dans un cas d’intoxication, elle ne se limite pas seulement au fait de faire consommer une personne à son insu dans le but d’avoir des faveurs sexuelles, mais elle comprend aussi la tentative ou l’insistance à avoir une relation sexuelle avec une personne en état d’ébriété. Une personne ne peut donc pas consentir à avoir une relation sexuelle du point de vue légal lorsqu’elle est ivre ou « gelée ». Cette consigne demeure vraie même si les deux personnes ont consommé, ce qui est souvent incompris par les jeunes et même utilisé parfois comme justification. Une idée à remettre en cause est que la victime d’agression en est en partie responsable si elle a consommé des SPA.

Il faut également entrevoir l’influence de la consommation de SPA sur tous les types de violence au sein du couple. La proportion d’adolescents, cibles ou auteurs de violence dans leurs relations amoureuses, et ce, sans égard au type de violence,  augmente en effet avec la fréquence de la consommation et l’existence de problèmes de consommation non seulement d’alcool, mais aussi de cannabis (Bernèche, 2014). Selon cette enquête, les jeunes vivant le plus de violence sont ceux et celles qui consomment de façon importante des drogues ou de l’alcool en plus de ces dernières.

Il importe de bien distinguer la consommation d’alcool de la consommation de drogues avec les jeunes. Bien que ses effets soient parfois similaires (désinhibition),  il n’en reste pas moins que seules la consommation et la vente d’alcool sont légales à partir de 18 ans au Canada. De surcroît, les conséquences peuvent donc se voir multipliées au niveau légal lorsque des comportements violents sont reliés à la consommation de drogues.

Une étude réalisée à Ottawa en 2011, suite au viol d’une étudiante, explore les liens entre la violence sexuelle, l’alcool et la drogue chez les jeunes. Cette recherche expose certaines recommandations intéressantes pour les intervenants/es des secteurs jeunesse. En plus de souligner qu’une approche de concertation s’impose entre les partenaires en prévention; on y suggère la nécessité d’une éducation sur la consommation responsable et l’importance de remettre en question les normes étudiantes sur la surconsommation d’alcool.

Au-delà de la loi, il y a aussi les émotions et les désirs. L’alcool et les drogues peuvent aider les jeunes à faire les premiers pas et à parler aux autres lors des soirées ou d’un party. Ils peuvent également susciter des rapprochements, allant parfois jusqu’à la relation sexuelle. Tout semble alors moins gênant et tabou! Mais…la capacité sexuelle diminue rapidement et le sens des valeurs ainsi que le jugement sont perturbés (Gouvernement du Québec, 2005). On devient sujet à des comportements sexuels plus à risque, on évalue moins bien une situation, on voit des invitations sexuelles là où il n’y en pas, on réagit avec colère si on se pense manipulé par la personne qui refuse le contact sexuel et on peut moins bien se retirer d’une situation jugée indésirable. Bref, il vaut parfois mieux attendre au lendemain avant de pouvoir consentir à avoir un rapport sexuel et les sensations risquent tout simplement d’être amplifiées pour les partenaires. Attention : pour espérer que la relation puisse se poursuivre avec l’autre, il ne faudrait pas devoir regretter certains de ses gestes commis la veille…Oups!

Pour une vignette sur alcool et relation sexuelle, voir le programme PASSAJ (Rencontre 2 La violence sexuelle, p.19 et suivantes) et pour des informations sur le consentement, voir le programme ViRAJ (p.110 et suivantes).

Au plaisir de pouvoir échanger avec vous!

Une nouveauté : Voyez notre affiche « EN AMOUR ON A LE DROIT : d’exprimer son désir sexuel et de mettre ses limites sur le plan sexuel » visant la promotion des relations égalitaires chez les jeunes. Vous pouvez l’imprimer gratuitement à partir de ce lien : https://www.viraj.ulaval.ca/sites/viraj.ulaval.ca/files/limites.pdf

La prochaine capsule sera envoyée en août. Merci de faire circuler nos informations et bon été,

Félix Joyal Lacerte et Francine Lavoie, Université Laval

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